En préambule, je dirais simplement que ce joueur était, dans l’absolu, à deux doigts de finir dans mes NFL Icons. Allez savoir pourquoi… Ce n’est pas qu’il m’inspire de la pitié, mais je crois pouvoir comprendre ce qu’il a ressenti. Parfois on croit que l’histoire de sa vie est écrite, mais il n’en est rien, et on l’apprend souvent à ses dépens…
Oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, Ryan Leaf a remporté un titre pendant sa courte carrière NFL : celui du plus gros bust de tous les temps, tous sports confondus ! Entendez par bust, le plus gros fiasco, la plus grosse déchirure, par rapport aux espoirs que l’on avait placés en lui.
Il est évident que certains autres joueurs (surtout des QB d’ailleurs) auraient mérité ce titre. A commencer par Tim Couch, censé relancer une franchise des Browns en sommeil… Ou encore Joey Harrington, qui lui devait faire rugir le moteur des Lions de Detroit et qui cire maintenant les bancs NFL… Bref, la liste des prétendants est longue, très longue. Cependant, personne n’a, pour le moment, atteint le degré faramineux de lose que celui tutoyé par le QB tout droit sorti de Washington State University, Ryan Leaf. Histoire d’un désastre absolu qui avait pourtant bien commencé…
A sa sortie de la fac, Leaf est considéré comme un top pick (finaliste du Heisman Trophy et bardé de distinctions en tout genre), une valeur sûre capable de révolutionner le jeu d’une franchise par sa simple présence. Nous sommes en 1998, et il est en concurrence pour le 1st pick avec un autre prospect très doué, un certain Peyton Manning. Ses ambitions sont tellement élevées qu’il pressent qu’il pourrait être choisi en première position devant Manning. Ce n’est pas le cas, les Colts lui préférant le fils d’Archie. Mais les Chargers tentent le coup en tradant up pour s’assurer les services du jeune prodige. A l’époque, cette transaction de dernière minute est considérée comme un steal, tant certains scouts n’hésitent pas à affirmer que le potentiel de Leaf est supérieur, et que sa carrière sera fabuleuse et prolifique…plus que celle de Manning pensent-ils (à noter que Matt Hasselbeck figure également dans la liste des QB’s disponibles). Il paraît plus abouti, plus mûr, plus prêt à effectuer la transition avec le jeu NFL.
Des observateurs qui avaient tout de même du omettre de prendre en compte quelques éléments capitaux : la résistance à la pression, le caractère, et le mental…Peut-être Leaf les avait-il bluffé, ou peut-être ne sont-ils pas aperçu des failles du joueur, trop subjugués par son talent. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils ont sous-estimé l’impact négatif qu’un mental friable peut avoir sur une carrière.
Leaf signe donc un juteux contrat avec un bonus record pour un rookie (31.25 $ + 11.25 $), et débarque en Californie avec des rêves plein la tête, des rêves de réussite et de Superbowl qu’il s’empresse de faire partager à la presse:
“I’m looking forward to a 15 year career, a couple of trips to the Superbowl, and a parade through downtown San Diego.”
Les preseason games et les deux premiers matchs de saison régulière lui donnent raison. Deux victoires consécutives contre les Bills et les Oilers, et Leaf semble s’envoler vers son brillant destin, devenant le seul QB rookie à remporter ses deux premiers matchs de saison régulière (depuis, le Raven Joe Flacco a fait aussi bien). Des passes millimétrées, beaucoup de vista et d’inspiration, tout semble aller comme sur des roulettes. Un véritable conte de fées ! Mais, malheureusement pour lui, au troisième match contre les Chiefs à l’Arrowhead Stadium, la machine s’enraye…
Fort de ses deux premiers matchs, le QB se met à penser qu’il n’y a qu’à lancer le ballon aux receveurs pour que celui-ci leur arrive entre les mains. La défense de Kansas City va alors se régaler… Leaf se déchire complètement et livre une performance honteuse, indigne d’un 2nd pick, avec au final 1/15 à la passe pour un gain de 4 yards, et 5 turnovers (3 fumbles et 2 interceptions)…
Après ce match catastrophique, au lieu de faire profil bas et d’assumer la défaite, il s’en prend à ses coéquipiers, soulignant tous les secteurs défaillants du jeu, blâmant les receveurs de ne pas savoir faire une séparation suffisante avec les cornerbacks adverses, fustigeant la O-line en pointant du doigt la pression subie lors du match. Il se met bien entendu l’équipe à dos, et continue sur le même mode arrogant, insultant un journaliste ayant osé mettre en cause sa performance lors de ce fameux match : “Just fucking don’t talk to me, all right! Knock it off!” lance-t-il au journaliste effaré, avant que le LB Junior Seau n’emmene Leaf dans une autre pièce pour éviter une bagarre scandaleuse.
Suite à cet épisode, il présente des excuses attendues, mais le cœur n’y est pas. Il semble en vouloir à tout le monde et enchaîne les prestations pitoyables et inacceptables… Leaf est devenu une véritable « turnover machine », balançant des interceptions qui sont pratiquement des offrandes à tous les DB de la ligue. Il finit par être benché après avoir marquer seulement 2 TD contre 9 INT en 9 matchs, et avoir livré des stats misérables : 45,3 % de passes complétées pour un rating de 39. Les Chargers finissent la saison avec 5 victoires pour 11 défaites.
Les saisons suivantes ne seront guère plus réjouissantes entre blessures, mauvais rapports avec ses dirigeants, suspensions…et une multitude d’interceptions. Prétextant une blessure au poignet pour pouvoir aller jouer au golf, filmé en pleine partie de flag football sur la plage alors qu’il était en convalescence, il finit par se faire détester copieusement de toute la ville de San Diego…Des fans des Chargers qui ne verront qu’une seule consolation dans ces piètres performances et dans cette descente aux enfers, celle de pouvoir mettre la main sur LaDanian Tomlinson trois ans après, lors de la draft 2001.
Ces incidents mettront néanmoins un terme au contrat de Leaf en Californie, qui tentera de relancer une carrière moribonde aux Bucs, Cowboys, puis Seahawks, en échouant pathétiquement à chaque fois, refusant au passage les baisses éventuelles de salaire. Il préfère mettre fin à sa carrière à 26 ans, annonçant une retraite pour cause de blessures à répétition, plutôt que de boire le calice jusqu’à la lie. Sa carrière se résume à 25 matchs (21 fois titulaire), 315/655 à la passe pour 3666 yards, 14 TD et 36 INT. Son passer rating restera bloqué à 50, alors que la moyenne de la ligue durant cette période est de 78.9.
Il ne restera au final qu’un personnage de roman, un sale gosse trop insouciant et trop immature, qui n’avait pas pris conscience de la difficulté de mener à bien une carrière, qui n’avait pas non plus mesurer le travail à fournir pour passer sans encombre dans le monde pro. Mais au vu de son indéniable talent dans le bras, c’est tout de même un sacré beau gâchis…
Ryan Leaf est maintenant retourné à une vie civile morose, conservant une notoriété toute relative, apparaissant dans des émissions parodiques qui font toujours allusion à son cuisant échec, comme cet épisode des Simpsons ou il nettoie le sol… C’est certes drôle, mais c’est tout de même cher payé…Il occupe un discret poste de coach des quarterbacks dans l’université de West Texas A&M, et il doit prévenir tous ses étudiants des dangers du sport de haut niveau, lui qui a récemment avoué:
“When playing football became a job, it lost its luster for me. I kind of got out of the spotlight and life’s never been this good.”
Dieu que la vie est dure quand on ne souhaite que s’amuser…
Son portrait Chinois NFL en dix questions :
S’il était un objet : un vase en cristal
S’il était un animal : une cigale (cf. la fourmi…)
S’il était un élément : (un courant d’) air
S’il était une arme : un pistolet à amorces
S’il était un plat : des nouilles trop cuites
S’il était un personnage de fiction : Austin Powers (International man of mystery)
S’il était un film : Zombie (Dawn of the dead)
S’il était un bruit : le “pschittt” d’un ballon qui se dégonfle
S’il était un végétal : une feuille morte
S’il était un véhicule : une voiture de collection. Carrosserie nickel, mais pas de moteur.







lol Domanik : des nouilles trop cuites. Ou est ce que tu es allé le cherche celui-là?
Autre anecdote qui fait parti de la légnede : lorsque les Colts demandent à Ryan Leaf la première chose qu’il ferait s’il était drafté par eux, ce dernier répond : aller dans ma famille et faire la fête. La réponse de Manning : Consulter illico le cahier de jeux
Brave Colts.
c’est marrant, Philip Rivers est talentueux, courageux et proche de ses coéquipoers mais je peux pas le piffrer. Il a un peu la grande gueule et le physique de Ryan Leaf non ?
Complètement d’accord avec toi, Rivers, je ne peux pas le voir ! Quelle tête à claques! Il risque de déchanter cette saison, je le vois bien faire une saison en demie-teinte, et sa grosse tête qui n’en finit plus d’enfler risque de lui jouer des tours. A la limite, j’ai une certaine tendresse pour Leaf, alors que Rivers, je n’attends que sa chute. (je sais, c’est mal…
)
L’anecdote que tu donnes illustre bien l’article. Les deux réponses des joueurs montrent bien leur mentalité. C’est vraiment édifiant !
Je t’invite à voir un petit film sur le site de nfl.com. Une autre histoire dingue, c’est la draft de 1983 je crois lorsqu’un certain Dan Marino issu de l’Université de Pennsylvanie (Pittsburgh), est tjs en lice au 26e pick alors que ce sont les… Steelers de Pittsburgh qui vont choisir leur joueur. Contre toute attente, alors que Terry Bradshaw est sur la fin de sa carrière, les hommes d’aciers choisissent un DT (Riveira je crois). Don Shula ancien coach des Dolphins saute sur l’occasion sur l’occasion au 27e pick.
Tu imagines ce qu’aurait pu donner les Steelers avec un QB comme Marino aux commandes ?
Le plus ironique dans l’histoire, c’est que bien que prometteur, Riveira aura un accident de voiture 8 matchs après son entrée en NFL, ce qui l’éloignera des terrains définitivement.
Il parait que le propriétaire des Steelers n’a jamais pardonné à son fils, celui qui a laissé passer Marino, même sur son lit de mort.
J’adore dégotter ce genre d’histoire.
Je crois qu’il a encore eu des problèmes récemment, il me semble qu’il s’est fait prendre avec de la marijuana sur lui ou quelque chose comme ça.
J’avais aussi entendu dire qu’il y a avait un projet de film retraçant sa carrière
Leaf a été inculpé de cambriolage et de prise de substances illicites au mois de juin dernier donc certainement un petit tour par la case prison pour lui.
@Gmen et Domanick: vive Rivers!!!!!!!!!!!!!! (comme vous l’aurez remarqué, contrairement a vous jaime bien Rivers.)
Ouais, je crois que le pauvre Leaf ne va pas super bien dans sa tête. Son échec a laissé de grosses traces… Par contre, le film retraçant sa carrière risque fort d’être un court-métrage…lol
Voire même un spot publicitaire lol.