Allez savoir pourquoi on peut s’attacher à un joueur plutôt qu’à un autre ? Pas à une superstar, non, mais à un joueur lambda… Son look, sa carrière, une interview, une action d’anthologie ? Un événement de sa propre vie ? Peu importe, et peu importe même que ce joueur ait été bon ou mauvais, qu’il laisse une trace ou non dans l’histoire de ce sport. Le plus important est qu’il laisse une trace dans votre propre hall of fame… C’est pourquoi j’ai envie de faire un bref retour en arrière, un saut de puce qui nous amène à retracer la carrière de Jake “The Snake” Plummer. Portrait…
L’équipe dans laquelle vous jouez peut faire de vous une star, ou un bust. Même si le terme de bust est un peu exagéré dans le cas de Plummer, il aura tout de même fallu attendre un trade bienvenu pour se rendre compte de l’impact de ce joueur. A sa sortie d’Arizona State University, Jason “Jake” Plummer est choisi au second tour de la draft 1997 par la franchise du même Etat, les Cardinals, équipe sans grand talent et sans grand relief. Lors de sa première saison, il ne parvient pas à remettre l’équipe sur de bons rails ; elle finit avec un bilan désastreux de 4-12. Lui ne débute que 9 matchs et obtient cette année là une fiche personnelle à l’image de l’équipe : 3-6. En 1998, Jake, qui porte ce surnom en hommage à un catcheur, réussit à faire franchir à son équipe un premier cap : un bilan positif de 9-7, mais également un spot en playoffs. Le match de Wild Card se passe plutôt bien puisque les Cards s’imposent 20-7 contre les Cowboys, malgré des stats en demi-teinte (19/36, 213 yards, 2TD’s, 2 INT). La finale de division contre les Vikings est déjà beaucoup plus délicate et se solde par une lourde défaite 41-21 avec un Plummer en lutte totale (23/41, 242 yards, 0 Td et 2 INT). Malheureusement, cette saison n’est qu’une brève éclaircie dans le marasme d’Arizona, et les saisons suivantes redeviennent mauvaises 6-10 en 1999, voire catastrophiques, 3-13 en 2000, avec des statistiques exécrables pour le Quarterback : 56,8 % de passes complétées pour seulement 2946 yards, 13 TD’s et 21 interceptions et un rating de 66.0… Jake Plummer s’annonce de plus en plus comme une erreur de casting…
Heureusement pour lui, Plummer reste en bonne santé et le Front Office de la franchise semble lui maintenir sa confiance. Cela lui permet d’être avec Kerry Collins (Giants), le seul Quarterback à prendre tous les snaps en 2001. Ses stats gonflent : 3 653 yards et 14 interceptions, 1 227 yards lors des 4th quarter, et surtout une série de 142 passes successives sans subir la moindre interception, série qui prend fin lors d’un match contre les Redskins, le Linebacker Rookie Antonio Pierce (aujourd’hui aux Giants) interceptant le Snake.
Malgré tout, Plummer semble végéter dans cette franchise qui ne décolle pas, et le temps de la séparation est venu. En 2003, il signe donc avec les Broncos pour remplacer Brian Griese. C’est à Denver, sous la houlette de Coach Mike Shanahan, que Jake va enfin pouvoir faire évoluer son football et montrer à tous son talent. Sa première saison le voit finir avec un rating de 91.2 et une qualification pour les playoffs (battus 41-10 par les Colts de Peyton Manning). Lors de cette saison, Plummer bat un record anecdotique en établissant la course la plus longue d’un QB au sein de sa franchise : 40 yards. Les observateurs s’attendent donc à ce que Plummer confirme en 2004. Malheureusement, c’est cette année là que le malheur va toucher le joueur…
Une saison avec des hauts et des bas. Des hauts, lorsque Plummer bat plusieurs records détenus jusque là par John Elway, des bas, car il lance 20 interceptions (pour tout de même 27 touchdowns), et des très bas, lorsque son meilleur ami Pat Tillman est tué en Afghanistan par un tir Américain. La saison se termine comme la précédente, avec une qualification en playoffs et une défaite magistrale contre les Colts (49-24). Mais Plummer vit surtout, sur un plan personnel, la pire année de sa carrière puisque Tillmann, son ex-coéquipier (il a joué Safety à Arizona State puis aux Cardinals), était un ami très proche. Un attachement extrêmement fort existait entre les deux hommes, et Plummer se remettra très difficilement de ce drame.
“Il s’était engagé dans les Rangers après le 11 Septembre…Pat était un frère pour moi.”
Plummer décide d’honorer la mémoire de son ami en portant son numéro, le numéro 40, sur son casque lors d’un match de saison régulière en 2004, mais la NFL refuse qu’il continue à l’arborer. Face à ce refus, il décide de ne plus se couper les cheveux et de ne plus se raser le visage, adoptant le look de son ami avant son entrée dans l’armée. Y a-t-il un lien de cause à effet, se sent-il plus cool… toujours est-il que Jake fait des merveilles cette année-là. Il réussit une série de 229 passes sans interception, la plus longue de sa carrière, et est surnommé “No mistake Jake” . Les Broncos rendent une fiche de 13-3 (deuxièmes de l’AFC) et se posent en favoris potentiels pour le Super Bowl. Après un first round bye chèrement gagné, ils se payent le luxe d’étriller l’ogre Patriots en finale de division, avec une belle performance de Plummer : 15-26 pour 197 yards, 1 touchdown, 1 interception. Le match suivant oppose donc les Broncos aux Steelers, qui sortent de Wild card. Tout le monde s’attend à ce que les Broncos n’en fassent qu’une bouchée. Mais c’est le moment que choisit Plummer pour passer complètement au travers de son match et commettre 4 turnovers ! Il jouera tout de même le Pro Bowl (comme en 1998), mais quelque chose semble s’être cassé…
C’est le début de la fin pour Plummer, qui enchaîne de piteuses performances, jusqu’à être remplacé par le rookie Jay Cutler. Plummer sera ensuite tradé aux Buccaneers, mais une lutte effrénée pour le poste de QB avec entre autres Jeff Garcia et Tim Rattay le poussera à arrêter sa carrière. Il préfère maintenant mettre son puissant bras au service d’une équipe de 4-Wall Handball, un dérivé de la pelote basque à mains nues. Plummer était un bon, c’est certain ! Mais des fois, le destin est vraiment trop fort pour que les choses soient évidentes !
Ses héritiers actuels :
Des garçons choisis assez bas lors de la draft et tombés dans une équipe en reconstruction profonde ou en manque d’ambition. Derek Anderson (Browns) et Trent Edwards (Bills) pourraient parfaitement suivre une carrière similaire à celle de Plummer. Il ne leur reste plus qu’à attendre un trade providentiel…
Son portrait Chinois NFL en dix questions :
S’il était un objet : un livre d’occasion
S’il était un animal : un bouc
S’il était un élément : l’eau
S’il était une arme : le supplice de la goutte d’eau
S’il était un plat : une omelette au lard
S’il était un personnage de fiction : “Snake” Plissken, anti-héros notoire et cowboy des temps modernes
S’il était un film : Il était une fois dans l’Ouest
S’il était un bruit : un sifflement
S’il était un végétal : de la paille
S’il était un véhicule : un pick-up diesel





