19 Novembre 1978. Week 12 de la saison régulière. Les New York Giants sont bien partis pour battre les Philadelphia Eagles 17-12 dans leur antre du Meadowlands et réaliser un bel upset. Les deux équipes, qui se débattent dans la très relevée NFC East (Cowboys et Redskins sont en tête) doivent l’emporter contre leurs rivaux pour pouvoir accrocher un spot en playoffs. Il ne reste que 31 secondes au chronomètre, les Giants ont le ballon sur un third and two. Les Eagles n’ont plus de temps-mort. Bref, l’affaire est entendue… Mais pas tout à fait !
Il ne reste plus qu’à poser le genou au sol pour laisser la montre égrener inexorablement ses secondes, comme ils viennent de le faire sur l’action précédente. Mais à l’époque, le “kneel down” n’est pas une belle manière de gagner un match, et les Giants veulent remporter cette rencontre “en hommes”, pas dans la facilité. Le déjà très contesté coordinateur offensif Bob Gibson ordonne donc à son QB (comme d’habitude…), Joe Pisarcik, de transmettre le ballon à son Fullback, Larry Csonka pour une “65 Power-Up”, une course plein centre très classique. En face, les Eagles sont en “11-man blitz”, formation dans laquelle les CB’s sont proches de la ligne de scrimmage pour blitzer.
Les joueurs des Giants, circonspects devant cette décision, font entendre leur désaccord pendant le huddle, et demandent à Pisarcik de changer le jeu. Csonka dira même à son quarterback : “Don’t give me the ball“. Mais Pisarcik, trop habitué à suivre les ordres de son coordinateur qui avait déjà menacé de le licencier pour désobéissance, maintient l’action en l’état. Une action bien mal préparée…
Est-ce le stress ? La pression ? Ou une simple erreur ? Mais quand le snap est exécuté, la balle échappe des mains de Pisarcik et tombe au sol ! Fumble ! Le quarterback se jette alors à terre pour réparer son erreur et recouvrir le fumble, mais il met un coup de casque au ballon qui poursuit sa course, avant d’être recouvert par le CB Herman Edwards, ravi de cette offrande inespérée (lui qui a d’ailleurs permis aux Giants de marquer un TD sur une couverture désastreuse auparavant). Ce dernier court droit devant. Un sprint de 26 yards qui prend fin dans la End Zone des Giants… Touchdown Eagles ! C’est “The Miracle at the Meadowlands” !
“It’s Giants football now, third and two. We’re inside 30 seconds, the Eagles have no timeouts. Wait a minute… here’s a free ball, I don’t believe it ! The Eagles pick it up and Herman Edwards runs it in for a touchdown ! An incredible development ! Absolutely unbelievable !”
Contraste terrible sur la sideline, où tous les Giants, abasourdis, se taisent, pendant que le banc Eagles hurle et saute en tous sens. Les fans des Giants n’en reviennent pas, pas plus que ceux des Eagles qui voient leur équipe remise en course pour les playoffs grâce à cette victoire 19-17. Après le match, le coach des Eagles, Dick Vermeil avouera : “J’étais déçu. Je ne regardais même plus le terrain. Je savais qu’il nous fallait quelque chose d’impossible pour gagner. Je pensais déjà à la conférence de presse et à ce que j’allais dire aux journalistes“. La légende veut que c’est la moue dégoûtée de Vermeil qui a poussé les Giants à ne pas poser le genou pour pouvoir savourer une victoire totale. Gibson lui, dira simplement qu’il voulait aller chercher un first down de plus pour s’assurer la victoire, et qu’il désapprouvait personnellement le “kneel down”. Csonka quant à lui, déclarera avoir prévenu qu’il ne prendrait pas le handoff si l’action était maintenue, mais que son QB ne l’aurait pas entendu, ce qui aurait causé un fumble inévitable. Un Pisarcik, qui aura besoin d’une escorte policière pour regagner sa voiture, et qui déclarera lui : “I never had control“.
Les effets à long terme de ce match seront doubles. En effet, les Eagles se serviront de cette victoire pour construire une équipe de vainqueurs capables de jouer le SB (le Super Bowl XV en 1980), et le discours des joueurs, Edwards en tête, sera désormais plus conquérant : “You’re not worried about losing anymore; now you’re thinking about how you can win“. Pendant ce temps, les Giants s’enliseront eux dans une médiocrité certaine et deviendront la risée de la ligue.
Une histoire qui causa également un désastre au niveau des ventes de billets (même si certains fans en achèteront seulement pour y mettre le feu !), et une refonte complète du coaching staff, mais aussi du front office, des Giants. “Off-Broadway Joe” Gibson fut viré le lendemain pour avoir commis “l’erreur la plus impardonnable de l’histoire“. Depuis ce jour, les Giants ont profité de cet échec pour reconstruire sur des bases solides, et aucune équipe ne décide plus de “la jouer belle”. Tous les QB voient maintenant le “kneel down” comme une action légitime, et les Giants eux-mêmes inventeront une protection spéciale à 3 running backs pour permettre à leur QB de poser le genou en toute tranquillité. Dommage pour les spectateurs qui ne risquent plus d’assister à ce genre de miracle…





Merci pour l’anecdote Domanik ! Les plus croustillantes sont les bévues les plus grossières. Je la connaissais mais il y a pas mal d’infos que tu rajoutes (la moue dépitée de Dick Vermeil).
Pour info, après cette « déconvenue », (le mot est faible), l’organisation engagera le GM George Young en 1979. Après 15 années sans playoffs, Young trouva la formule gagnante puisqu’il aura recruté via la draft des joueurs comme Phil Simms, Lawrence Taylor, Joe Morris, Carl Banks, Mark Bavaro et choisit Bill Parcells comme coach. Il est décédé en 2001 à l’âge de 71 ans.
Encore un tres beau travaille mon ami Dom !!!
Franchement je raffole de tes articles qui nous revelent pleins de petites histoires, anecdote, ou de portraits de joueurs auquels on ne savait pas trop attention …
Franchement rien a dire … continue …. je suis FAN … et je ne pense pas etre le seul !!!
Merci mon pote Flagada, et merci à Gmen pour ses compléments toujours fort à propos !
je ne connaissais pas l’histoire de ce retour miraculeux des piafs de Philadelphie. Je vois bien la mine des supporters en train de lâcher un “what the f…?!”.
A noter aussi qu’il y a eu un autre Miracle à Philadelphie : Le 4th and 26 appelé aussi “The Miracle at 4th and 26″
http://en.wikipedia.org/wiki/4th_and_26
En tout cas, encore un tres bel article !!!
Merci beaucoup pour ce blog, un vrai moment de pur bonheur… pendant le travail ;0)
Merci pour le compliment !
Je ne dirais rien à ton patron, pas de problème !