Il faut sûrement être un peu fou, ou inconscient, pour pouvoir évoluer longtemps en NFL. Dans un premier temps, il faut savoir accepter la discipline, le don de soi, puis très vite, assimiler les risques, les blessures… car il n’est pas anodin de mettre sa santé en jeu chaque dimanche, sans vraiment savoir si l’on va ressortir du terrain dans le même état qu’à l’entrée. La plupart des joueurs accepte ces risques. D’autres semblent s’en moquer. Mais il existe une troisième catégorie de joueurs : celle de ceux qui sont passé “de l’autre côté”, et qui ne semblent plus distinguer le futile de l’important, offrant leur santé et sacrifiant leur corps sur l’autel du jeu… Une catégorie dont faisait partie un certain Ronnie Lott…
22 Décembre 1985. Les 49ers reçoivent les Cowboys au Candlestick Park de San Francisco pour leur dernier match de saison régulière. A cette époque, les Niners alignent l’une des équipes les plus talentueuses de l’histoire, avec en attaque des joueurs comme le QB Joe Montana et le WR Jerry Rice, et en défense, l’un des joueurs les plus craints de la ligue, Hardest Hitter réputé, le Safety Ronnie Lott. Ce dernier, bien connu pour ses “Bone-Crushing Hits” effectue sa cinquième saison dans la ligue, avec déjà 2 titres et 4 Pro Bowl à son actif. Le score final de la rencontre face à leurs plus grands rivaux est d’ailleurs largement en faveur des joueurs “Rouge et Or” (31-16), mais c’est autre chose qui préoccupe tous les joueurs Californiens ce soir là : la blessure de Lott. En effet, après avoir tenté de plaquer le RB Timmy Newsome et être entré en collision avec lui, Lott quitte le terrain en se tenant la main gauche. Son auriculaire a été complètement écrasé par la violence du choc (un coup de casque de Newsome), à tel point qu’il semble ne plus tenir que difficilement à sa main. Certains diront même que le Safety à laissé des fragments d’os, ainsi que des bouts de chair, quelque part sur le terrain… Info ou Intox, on ne le saura jamais, mais une légende est en train de naître.
Tout le monde s’attend donc à ce que Ronnie Lott ne participe pas au match de Wild Card qui oppose les Niners aux Giants à peine une semaine plus tard. Pourtant, à la surprise générale, Lott est bien présent pour ce choc au risque d’aggraver sa blessure. Il ne se voyait tout simplement pas regarder ses coéquipiers jouer sans lui, et cela arrangeait sans doute ses coachs de le voir sur le turf pour impressionner ses adversaires. Il est donc titularisé ! Sa main gauche est entourée d’un énorme bandage, et l’on voit sur les premiers jeux du match qu’il n’est pas à 100 %. Malheureusement pour lui, les Niners s’inclinent 17-3. Lott va enfin pouvoir bénéficier d’une convalescence bien méritée. Mais il va s’agir d’une convalescence un peu particulière…
On pourrait croire suite à ce dernier match que la blessure était moins grave que prévue. Erreur. En effet, pendant l’Off Season, Lott va se retrouver face à un choix très difficile. Les médecins lui proposent deux chirurgies pour la pointe, très endommagée, de son auriculaire : une intervention lourde et très compliquée qui lui ferait retrouver l’usage parfait de son doigt mais manquer la majeure partie de la saison suivante, ou se faire amputer du bout de son doigt et rejouer quasi immédiatement sans jamais avoir à craindre une blessure similaire. Le Defensive Back ne réfléchira pas longtemps et livrera une réponse surprenante. Il souhaite se faire amputer !
Dés la saison suivante, Lott retrouve donc les terrains, les playoffs, et ajoute un Pro Bowl de plus à son palmarès en réussissant 2 sacks et 10 interceptions, plus gros total de sa carrière. Il jouera encore 10 saisons de plus, remportera en tout 4 titres avec San Francisco, dont deux après son accident, plaquant toujours aussi dur. Il est encore considéré à ce jour comme l’un des meilleurs DB de l’histoire de la ligue. Ce Hall Of Famer a en effet su maîtriser successivement les postes de Left Cornerback, Free Safety et Strong Safety.
Difficile tout de même de dire ce qui a pu pousser le joueur à prendre un telle décision. Certes, Ronnie Lott a toujours eu une réputation sulfureuse, et il l’a sans doute un peu entretenue. Cette histoire fait partie de la légende du joueur, mais elle a été également beaucoup enjolivée, voire déformée (“The story grows as the years pass… I’ve heard the story goes I cut it off in the room myself and went back out“). Pourtant cet épisode ne peut en aucun cas être vu comme une quelconque “mise ne scène” de sa carrière. Quoi qu’il en soit, il a choisi, en toute connaissance de cause, de mettre en jeu son intégrité physique et de faire le sacrifice d’une partie de lui-même pour son équipe, et pour son sport. Nous sommes alors nous mêmes confrontés à un choix bien difficile : Lott est-il la définition même du Warrior ou simplement un type un peu barge ? Ce qui est sûr, c’est qu’après s’être forgé sa propre légende, tout le monde l’a craint encore plus…






Encore une superbe histoire rondement menée et racontée Domenick! Je ne connaissais pas cette histoire hallucinante sur Ronnie Lott ! Je me demande si le staff d’aujourd’hui accepterait de mettre en danger un joueur et surtout voir qu’il n’est pas à 100%.
J’aime à croire que l’esprit de warriorsw réside dans ces années passées, avec des gars qui n’hésitaient pas à aller au charbon. Je pense à Carl Banks, un LB des Giants, qui jouait avec un bras dans le plâtre ou Mark Bavaro TE qui avait continué à jouer malgré s’être fait péter une dent.
Oui, je pense aussi qu’une telle histoire ne pourrait plus arriver de nos jours. La NFL est beaucoup trop regardante sur la santé des joueurs. Et avec toutes les associations qu’elle a sur le dos et qui veillent au grain… Mais quand même, il était un peu fou ce Lott !
Yep ! Le gars joue allez, 13, 14 ans et va vivre le reste de ses jours avec une phallange en moins? Remarque, je t’invite à regarder le site NFL.Com, y a un présentateur ancien joueur assez balèze qui a l’auriculaire cassé. un peu comme toory Holt. Rien que ça, c’est hallucinant !
Ah oui, Brian Baldinger ! Un ancien lineman qui présente le playbook. C’est hallucinant, quand il montre l’écran il a un doigt à angle droit, ça me fait mal au cœur à chaque fois. Anthony Muñoz également à un doigt à l’équerre. Apparemment, tout cela est du aux doigts qui se prennent dans les grilles…
Le doigt de Muñoz : http://1.bp.blogspot.com/_m2NqMpgvit4/R6CbNHP60xI/AAAAAAAAE50/g_OAf6VZEs0/s400/munoz.jpg
Le doigt de Baldinger : http://images.smarter.com/blogs/guests/baldingerpinky.jpg
Le doigt de Holt : http://jacksonville.com/files/editorial/images/images/mdControlled/cms/2009/05/01/435242519.jpg
Grave quand même de ne pas se le faire fixer…
En tous cas merci pour ton commentaire une fois de plus très intéressant !
“Grave quand même de ne pas se le faire fixer…”
Tous ces gars ont nettement les moyens financier de faire réparer ça, mais ils ne le feront jamais car ce sont des blessures de “guerre” et elles font leur fièretés, il y a qu’a voir le sourire de vainqueur de deux des trois joueurs qui sont en photo
[...] Ces propos ne sont pas très surprenant car à cette époque, les joueurs étaient capables de faire d’énormes sacrifices pour être sur le terrain et jouer. On se rappelle de Mark Bavaro qui a joué un match avec un mâchoire fracturée pendant plusieurs semaines ou encore Lawrence Taylor qui a joué un match avec un seul bras après s’être disloqué l’autre. Car Banks aussi a joué avec un poignet dans le plâtre. Le pire restera quand même Ronnie Lott, le safety des 49ers, a demandé à se faire amputer d’un doigt pour retourner sur le terrain. [...]