Doug Plank est un nom relativement connu du microcosme de la NFL, ainsi que de tous ceux qui s’y intéressent de près ou de loin. Ce terrible Hard-Hitter, jamais avare d’un bon coup de casque, a évolué 8 années dans la grande ligue sans remporter de titre ni battre de record. Pourtant, il a marqué à jamais l’histoire de sa franchise, les Chicago Bears, et sans doute celle de la NFL. Pourquoi ce joueur, dont le numéro n’a pas été retiré, est-il connu de tous ? Simple, son jersey, le 46, a donné son nom à l’une des formations défensives les plus connues des années 80, la “46 Formation”.
Le créateur de cette formation n’est autre que le Defensive Coordinateur Buddy Ryan, qui débarque aux Bears au début des années 80, avec déjà une très belle réputation. Il est en effet à la base du succès des Jets lors du SB III, durant lequel il a réussi à assommer l’attaque des Colts pour laisser les coudées franches à Joe Namath. Il a ensuite aidé les Vikings à mettre sur pied une fameuse défense connue sous le nom de “Purple People Eaters”. Un DC qui sait donc adapter ses schémas aux joueurs dont il dispose. Qu’allait-il bien pouvoir mettre sur pied avec la terrible armada des Bears ?
Une défense dont le credo est simple, voire simpliste : “Pressure win games”. Une pression de tous les instants, et des blitz continuels qui servent avant tout à stopper le run et à dégoûter le RB adverse, mais aussi à forcer les erreurs du QB et à dérouter les linemen offensifs sur leurs assignations de blocage. La défense 46 fait son apparition sur les terrains, appliquée par l’une des défenses devenue dès lors l’une des plus dominantes de l’histoire. Une appellation bien entendu dérivée de la très connue défense 43, mais qui tire avant tout son nom du joueur favori de Ryan, le Strong Safety Doug Plank, qui a essuyé les plâtres de cette défense. Ryan aimait avant tout le style de Plank (surnommé “Blondie” ou “Goldilocks” en raison de ses longues boucles blondes) : un abandon total à sa tâche défensive, donnant tout à tout moment.
Malheureusement pour Plank, cette formation très particulière n’est reconnue à sa juste valeur que bien après son départ, durant la saison 1985. Cette année-là les Bears doivent en grande partie à leur défense leur excellent bilan (15 victoires pour 1 défaite) et une victoire écrasante lors du SB XX (46-10 contre les Patriots). Il faut aussi préciser que les joueurs qui constituaient cette D étaient de terribles “enforcers”, parmi lesquels les remarquables “Samouraï” Mike Singletary, Richard Dent, Otis Wilson ou encore William “The Refrigerator” Perry, qui faisaient tous des merveilles dans une telle organisation. Mais quel est donc le secret de cette 46 ?
Comme sa consœur, la classique 43, la 46 est constituée de 4 Linemen, 3 Linebackers, 2 Cornerbacks et 2 Safeties. La grosse différence tient dans la position du Strong Safety, celle occupée par Plank aux débuts de cette formation. En effet, celui-ci peut s’aligner également sur la ligne de scrimmage, ou alors “in the box”, au lieu de se positionner à 15 yards du ballon comme à l’habitude. La 46 élève en fait la défense classique à son paroxysme, mettant une pression constante sur la ligne de scrimmage. L’attaque adverse se voit par conséquent dans l’incapacité de faire avancer le cuir, et le QB est poussé à lancer très vite, avec très peu de temps pour prendre une bonne décision. Le SS doit donc être très efficace contre la course lui aussi, cette 46 étant en réalité un défi lancé à l’attaque adverse : Nous sommes huit, serez-vous capables de franchir notre rideau ?
Un rideau dont le “Front 4″ – qui n’en est pas réellement un – est composé d’un Nose Tackle, de deux Defensive End, et d’un Rush End. Ce dernier se positionne assez loin du Tackle adverse et pratique un Pass Rush forcené à chaque action, comme ses trois coéquipiers. Mais la 46 ne s’arrête pas là et ajoute deux joueurs sur la ligne de scrimmage. En effet, les 2 OLB, dont l’un est renommé “Jack linebacker”, s’alignent comme le cinquième et le sixième linemen, sur le strongside, formant ainsi une sorte de “Front 6″. Le MLB et le SS se positionnent eux “in the box”, et le SS devient le quatrième LB. Mais le plus ahurissant de cette formation tient en ce que l’équipe adverse ne sait jamais lequel de ces huit joueurs va participer au Pass Rush, avec la certitude qu’il y en aura au minimum cinq. Un alignement qui, comme dit précédemment, intimide le coureur adverse et pousse donc l’attaque adverse à lancer la balle.
L’une des histoires les plus incroyables à propos de cette défense se joue le 12 Janvier 1986 au cours du “NFC Championship Game”. Le RB des Los Angeles Rams, Erick Dickerson, qui vient de se mettre en position pour un jeu au sol sur un 1st Down, voit les Bears s’aligner en 46, et huit joueurs prêts à le stopper. Il se tourne alors vers son QB, Dieter Brock, afin de lui souffler : “You are going to audible, aren’t you ?”. Dickerson ne se voyait même pas tenter une percée dans ce mur bleu…
Il y a bien entendu un revers à la médaille… Cette défense, qui s’avère extrêmement efficace avec l’effectif adéquat, des Linebackers agressifs, rapides et très bons plaqueurs, peut également faire perdre un important yardage, voire faire prendre à l’équipe un paquet de TD’s sur des passes longues, si le Linebacking Corps n’est pas assez puissant. Mais il y a pire : la secondary ! Les Defensive backs ont en effet un rôle assez simple et unidimensionnel. Les Cornerbacks font un man-to-man, avec du bump’n'run à chaque action. Ils ne doivent bien entendu pas lâcher les receveurs adverses d’une semelle, et il est donc beaucoup mieux pour l’équipe de posséder deux “Shutdown Cornerbacks”. Le Free Safety a quant à lui la charge de jouer deep et de “se promener” dans le centre profond du terrain. Une secondary allégée qui est donc le gros point faible de cette défense, puisqu’elle est sans arrêt pilonnée par les bombes adverses. Un talon d’Achille qui causa d’ailleurs la perte de la 46…

“Some say the 46 is just an eight-man front. That’s like saying Marilyn Monroe is just a girl.” Doug Plank - Jets Defensive Backs Coach
Les grosses cylindrées adverses possédant de bonnes attaques et de bons QB’s ne mettent pas beaucoup de temps à s’adapter à cette défense et à la faire mourir à coup de bombes, mais aussi de passes courtes. Les Niners, et la West Coast Offense de Bill Walsh, ont par exemple causer un tort terrible à la défense des Bears, comme toutes les autres attaques verticales de la ligue. Les bons coordinateurs offensifs ont très vite compris que la 46 laissait des boulevards aux WR adverses, les CB n’ayant quasiment aucune aide des Safeties.
Les Bears se rendront rapidement compte que, passé l’effet de surprise, leur stratégie ne fonctionne en saison régulière que contre les petites équipes, et qu’elle a de trop grosses lacunes en playoffs contre les favoris, comme le montre leur cuisante défaite 28-3 contre les 49ers de Joe Montana et Jerry Rice en 1988. Ils l’utiliseront dans un premier temps moins régulièrement, puis, après le départ de certains cadres, finiront par complétement abandonner l’idée.
A l’heure actuelle, la 46 est en voie d’extinction. Seul le Coach Rex Ryan, le fils du grand Buddy, a tenté de ressusciter la défense de son père avec une nouvelle approche chez les Ravens et continue aux Jets (avec l’aide de Doug Plank), sans cependant plus de succès. Une chose est sûre : même si elle n’appartient plus au présent, il est clair que la 46 appartient pour toujours à l’histoire !







Bravo Domenik, très bien expliquée cette 4-6. Je n’ai vu du Foot US qu’une année après. Je sais, à travers les images, que cete défense reste l’une des plus imperméables de l’histoire, avec cette formation mais également ces individualités. J’aurai bien aimé comparer cette défense avec celle des Ravens de 1999/2000. a ma connaissance, je ne crois pas avoir connu et vu une défense qui laissait aussi peu de yards. Ils ont marché sur leur adversaire lors des play-offs. Ne parlons même pas du SB
Une future idée de sujet
?
Oui, très bonne idée. En plus, ça me fait toujours un plaisir fou de relater une défaite des Patriots…
hé hé hé! Ce serait un bon sujet d’article : “Pourquoi autant de monde prenne du plaisir à voir perdre les Patriots?” ce qui amène à une autre question : “Mais que ce passera-t’il le jour ou les Pats se feront massacrer ?”
Un pur plaisir! Comme d’habitude, je me délecte de tes articles Domanick. Juste une petite chose : dans le vote du meilleur qb de l’histoire il me semble que tu en as oublié un petit -Peyton Manning- et pourtant dieu sait si je le déteste (sportivement bien entendu étant supporteur de Pats). A plus ! et encore beau boulot!
je retire ce que j’ai dis!! j’ai réajusté mes lunettes. dsl