Il existe un certain nombre de très grands Quarterbacks qui n’auront jamais gagné le moindre Super Bowl : Dan Marino, Jim Kelly, Fran Tarkenton, Dan Fouts, Warren Moon… Bien entendu, l’adversité y est pour beaucoup dans ces échecs : Marino l’a disputé une fois mais a échoué contre les 49ers de Montana, Tarkenton et Kelly se sont cassés plusieurs fois les dents sur de grosses cylindrées (Steelers, Raiders, Redskins, Cowboys), Dan Fouts et Warren Moon, eux, et malgré leur incroyable qualité de passeurs, n’ont même pas eu la chance d’arriver jusque là, évoluant dans des équipes un peu trop juste (Chargers, Oilers). Pourtant, tous ces joueurs auraient mérité cette victoire tant désirée à un moment ou à un autre de leur carrière, voire pourquoi pas être élus MVP d’un tel évènement. On peut alors se demander pourquoi des joueurs beaucoup plus limités tels que Trent Dilfer ou Brad Johnson ont pu réussir à remporter le titre suprême. Une première raison s’impose : la chance. Celle de se trouver dans la bonne équipe, au bon moment. Mais si le facteur chance y est pour beaucoup, il y a indubitablement autre chose… Tentative d’explication…
Trent Dilfer et Brad Johnson auraient du finir tous les deux aux oubliettes. Le propos est peut-être excessif mais il est basé sur des faits. Ces Quarterbacks ne possédaient ni l’un ni l’autre un bras extraordinaire, que ce soit en terme de puissance ou de précision, ils n’étaient pas non plus des playmakers. Leur seul atout était d’évoluer au sein d’une équipe talentueuse, de l’avoir rapidement compris, et d’exécuter à la lettre les consignes du Coach sans rechigner. Tout ça dans un seul but, gagner. Car c’est là le premier élément… Comme toutes les superstars du poste, les joueurs un peu plus limités sont eux aussi animés d’une insatiable envie gagner.
Lorsque Dilfer arrive aux Ravens après 6 années passées aux Tampa Bay Buccaneers, ses statistiques sont pour le moins douteuses : 70 TD’s pour 80 interceptions et un rating de 65.6 ! Certes, il évoluait dans une équipe Floridienne en lutte et en pleine reconstruction, mais ces chiffres sont très loin de celles d’un “Franchise QB”. Malgré tout les Ravens lui font plus ou moins confiance et lui proposent de signer en tant que backup du titulaire de l’époque, Tony Banks. Mais Banks a un début de saison mitigé, se troue complètement à plusieurs reprises, et se montre incapable de marquer le moindre touchdown quatre semaines consécutives. Les Ravens se voient alors dans l’obligation de confier la direction de l’attaque à Trent Dilfer. Dilfer perd son premier match, mais il apprend vite à se servir des armes à sa disposition : les Backs Jamal Lewis et Priest Holmes qui amassent un nombre de yards impressionnant, ainsi que le receveur Brandon Stockley et le Tight End Shannon Sharpe. Et quand on possède en plus de cela un Left Tackle ultra solide tel que Jonathan Ogden, on se trouve très souvent dans un fauteuil pour trouver ses cibles.
Lors du Super Bowl que Dilfer dispute après des matchs de playoffs relativement réussis, Dilfer n’a pas besoin de tenter des choses extraordinaires, car Kerry Collins et l’attaque des Giants (une équipe qui présente un profil similaire à celui des Ravens) sont complètement annihilés par l’énorme défense des Ravens constituée de monstres physiques (Ray Lewis, Peter Boulware, Chris McAllister, Rod Woodson) capables de marquer ou de faire changer la physionomie d’un match à tout moment. Dilfer se contente de “faire le boulot”, et termine avec des statistiques correctes, 12/25, 153 yards et 1 TD, même s’il n’est à l’origine que de 7 points sur les 34 marqués. Malgré une popularité grandissante auprès des fans de Baltimore, Dilfer sera coupé à la fin de la saison. Il est vrai que ses stats étaient loin d’être mirobolantes : 12 TD pour 11 interceptions, 59.3 de complétion et un rating de 76.6. Des chiffres très bas, mais des résultats d’équipe pourtant satisfaisants quand il est à la baguette : 7 victoires pour seulement une défaite. Malgré tout, il est le premier QB viré d’une équipe qui vient de remporter le titre. Il n’est en effet vu que comme un “caretaker quarterback”, c’est à dire un joueur parfaitement remplaçable, à qui l’on demande simplement de développer une run-heavy offense et de laisser faire sa défense pour le reste… Un joueur de qui l’on attendra jamais une action de grande classe et qui sait s’effacer au profit de joueurs plus talentueux, et du bloc équipe… “He’s just a quarterback that manages the game…“. Tout cela est vrai, et personne ne peut le nier, mais il est néanmoins intéressant de constater que les Ravens ne gagnaient pas avec Tony Banks, et qu’ils n’ont jamais plus gagné après le départ de Dilfer…
L’histoire de Brad Johnson est à peu près le copier-coller de celle exposée ci-avant puisque Johnson débarque aux Bucs peu après “l’époque Dilfer”, avec une soixantaine de matchs NFL au compteur. Des stats honnêtes, 79 TD’s pour 57 interceptions, un rating plus correct que celui de Dilfer (80.7), et surtout une grosse saison avec les Redskins (4005 yards, 24 TD’s, 13 INT’s, 90 de rating et un Pro Bowl à la clé). Les joueurs sur lesquels s’appuyer sont là aussi très intéressants : les RB Michael Pittmann et Mike Alstott pour le running game, et les solides receveurs Keenan McCardell et Keyshawn Johnson pour le jeu deep. Seul petit détail, même si la défense des Ravens était énorme, celle-ci semble sur le papier encore plus impressionnante, avec des noms prestigieux tels que Waren Sapp, Simeon Rice, Derrick Brooks, Ronde Barber ou John Lynch… N’en jetez plus, toutes les lignes étaient d’une solidité à toute épreuve…
Après une saison très réussie, Brad Johnson dispute à son tour le SB, et réalise un match correct (18/34 pour 215 yards, 2 TD’s, 1 INT). Mais, là encore, c’est la défense qui fait la majeure partie du travail pour venir à bout des Raiders, marquant 21 points sur les 48 de l’équipe. Johnson s’est lui aussi contenté de “passer les plats” pendant que la D servait chaud jeu après jeu. La belle histoire se terminera plus ou moins comme celle du Raven, une fin de carrière sans relief dans d’autres équipes, et la même incapacité de son ancienne équipe à gagner un autre titre.
La moralité de tout ceci est donc double. Certes, ces deux joueurs ont eu un impact minime sur les performances globales de leur franchise, mais ils ont eu le mérite de jouer leur partition sans fausse note, en rangeant leur ego de côté, sachant se fondre dans le collectif, et ont su tout donner pour la cause de l’équipe. Le canevas de la victoire est donc simple : des joueurs soudés, des escouades défensives performantes, un coaching fin et judicieux (Billick pour les Ravens et Gruden pour les Bucs), un playcalling adapté et conçu pour soulager le passeur, le tout renforcé par quelques individualités. Ces deux Quarterbacks n’ont donc pas à proprement parler conduit leur équipe au titre, et c’est bel et bien l’équipe qui les a menés à la victoire.
Pour finir, et lever toute ambiguïté, il faut préciser qu’il est heureux que de tels joueurs existent, et qu’il est également bon pour ce sport que de tels joueurs puissent gagner et emporter avec eux un peu du succès collectif. Certains orgueilleux du passé, et beaucoup de très jeunes stars surfaites du présent n’auront jamais cette chance…
Dilfer terminera sa carrière avec des stats loin d’être faramineuses, et même très loin des standards NFL : 58 victoires pour 55 défaites, 55.5 % de complétion, 113 TD’s pour 129 interceptions et un rating de 70.2…
Johnson, actuellement Free Agent, possède des statistiques légèrement plus hautes : 72 victoires pour 53 défaites, 61.7 % de complétion, 166 TD’s pour 122 Interceptions et un rating de 82.5…
Mais quoi qu’il arrive, les deux joueurs mettront un terme à leur carrière malgré tout avec un titre en poche.








Dans quelques années il faudra certainement faire un ajout avec Eli Manning !!!
Il n’y a qu’un QB ces 5 dernières années qui aurait pu rentrer dans cette catégorie s’il avait gagné le trophée, c’est l’ami Rex Grossman. Non mais Rex Grossman, celui je crois qui a fait un zéro pointé en rating un jour. Il avait beaucoup de jour sans avec ses fumbles et INT.
Ca aurait fait une belle triplette non ?
Quant à Dilfer, à chaque fois que je le regarde sur NFL Prime Time, je me dis que ce gars a une bague de champion… C’est dingue quand même. Il est issu de la lignée des QBs des Ravens bien moyens. Vous vous rappeler de Elivis Grbac qui jouait avant lui ? Pas terrible non plus !
C’est vrai que Grossman n’aurait pas juré dans ce trio. Je me souviens de lui au SB XLI en train de courir à quatre pattes après l’un de ses propres fumbles… C’était pitoyable !