1985. Les Bears terminent leur superbe saison (15-1) avec un titre, après avoir laminé les Patriots 46-10 lors du Super Bowl XX, bouclant ainsi l’une des campagnes les plus réussies de l’histoire. L’équipe est impressionnante, et la défense dévastatrice, composée de monstres redoutés de toute la ligue, dont les deux Big men Richard Dent et William “The Refrigerator Perry”, et du LB “Samouraï” Mike Singletary. Une escouade que l’on s’imagine, sans trop savoir pourquoi, aussi cool dans la vie que sans pitié sur le terrain… A raison. Outre le fait que “The Fridge” est capable de se fendre la poire entre deux plaquages appuyés, ce qui le prouve encore le mieux reste leur tube, enregistré cette année-là, intitulé le “Super Bowl Shuffle”…
Pour célébrer une énorme saison, avant un titre très attendu (la franchise vient de traverser une période de disette de plus de vingt ans), l’équipe des Bears décide d’enregistrer un disque, et de tourner un clip qui sera diffusé sur toutes les antennes Américaines. Le travail est effectué, ironie de l’histoire, le mardi 3 décembre 1985, le lendemain de leur seule défaite de la saison 38-24 contre les Dolphins lors du MNF. Le “Super Bowl Shuffle” – titre du morceau – est donc proposé à un public médusé et rigolard, piaffant d’impatience à l’idée de voir des joueurs patauds et mal à l’aise chanter comme des casseroles… A l’arrivée, le “Super Bowl Shuffle” est un titre très daté années 80, à mi-chemin entre le rap et la variété Américaine de l’époque… et il est loin d’être mauvais ! Les joueurs s’éclatent comme des bêtes, débitent les lyrics comme de vrais pros, et prennent plaisir à exécuter la chorégraphie dans leur tenue de futurs champions ou à simuler de jouer d’un instrument qui ne leur est pas du tout familier.
Rien ne semble pouvoir arrêter cette équipe des Bears, qui surfe sur la vague d’un succès acquis sur le terrain pour s’attirer la sympathie de tout un pays grâce à une chanson. Car le titre s’avère être un tube qui se vend très bien et qui obtient même une nomination aux Grammy Awards (Best Rhythm & Blues Vocal Performance for a Duo or a Group). Le “Super Bowl Shuffle” devient très vite l’hymne plus ou moins officiel du public des Bears, repris en chœur par toute une horde de fans déchaînés :
We are the Bears Shufflin’ Crew
Shufflin’ on down, doin’ it for you.
We’re so bad we know we’re good.
Blowin’ your mind like we knew we would.
You know we’re just struttin’ for fun
Struttin’ our stuff for everyone.
We’re not here to start no trouble.
We’re just here to do the Super Bowl Shuffle.
Outre le succès musical du morceau, les paroles complètes valent elles aussi leur pesant d’or. On y trouve par exemple des références sympathiques, comme dans la phrase interprétéé par Steve Fuller : “So bring on Atlanta, bring on Dallas, this is for Mike and Papa Bear Halas”, clins d’œil au Coach Mike Ditka et au regretté George Halas, Coach mythique de la franchise disparu deux ans auparavant. Quant aux deux équipes citées, Atlanta et Dallas, elles sont une référence aux deux matchs que Fuller a démarré cette année là, deux victoires écrasantes 36-0 et 44-0. Lui qui était considéré comme un has-been prend sa revanche en chanson. William Perry fait lui allusion à sa double position au sein de l’équipe (DT et FB) : “You’ve seen me hit, you’ve seen me run”, et Gary Fencik explique sa position privilégiée de Strong Safety au sein de la 46 Defense : “Buddy’s guys cover it down to the bone, That’s why they call us the 46 zone”. On y apprend aussi grâce à Walter Payton, que tout ceci est fait pour une œuvre de charité, et non pour l’argent : “And we’re not doin’ this, Because we’re greedy. The Bears are doin’ it to feed the needy.” Toutes les paroles sont à l’avenant, et tout en ayant été écrites pour le fun, elles expliquent tout de même bien la mentalité de la franchise à cette époque.
On notera également qu’une femme arbitre est obligé de jouer du sifflet et d’annoncer un flag à deux reprises sur le clip afin de couvrir un mot interdit dans la phrase du Defensive End Richard Dent : “We stop the run, we stop the pass, I like to dump guys on their Ass” et un second dans le “Of my style and class, That’s why some end up on their Ass” du Linebacker Otis Wilson.
Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que le “Super Bowl Shufflin’ Crew”, nom du groupe d’un jour, est composé de joueurs immenses qui ne se prennent pas du tout au sérieux. Voir des légendes du jeu tels que Walter “Sweetness” Payton ou “Samouraï” Mike Singletary rapper comme des lycéens, des stars comme Willie Gault, Gary Fencik, ou Jim “Punky QB” McMahon descendre de leur propre chef de leur piédestal pour distraire le public, et des “Big Men” tels que Otis Wilson, Richard “Sackman” Dent et Will Perry se déhancher de la sorte est tout simplement irrésistible. Certes, certains tempéraments sur le terrain, comme Richard Dent, semblent un peu plus en retrait lors d’un tel exercice, mais ils s’y prêtent tout de même de bonne grâce et s’en sortent très bien. Au total, 24 joueurs participeront à cette aventure. Seul le Defensive End Dan Hampton refusera l’invitation, prétendant qu’une telle entreprise lui paraissait un peu trop arrogant avant d’avoir remporter le Super Bowl. Un choix personnel respectable, même si l’avenir ne lui a pas vraiment donné raison…
Malgré tout, le Super Bowl Shuffle n’est pas réellement une idée originale, puisque les 49ers avaient tenté la même expérience une année auparavant avec le très disco “We Are the 49ers”, titre resté relativement confidentiel et qui a vite été oublié par tout le monde, ce qui n’est pas le cas du “Shuffle”. Les Giants s’inspireront d’ailleurs du succès de leurs prédécesseurs pour célébrer leur titre de 1986 avec “Walk like a Giant”, reprise du tube “Walk like an Egyptian” du groupe “The Bangles”. Chicago a donc fait des émules, puisque les Raiders (“The Silver and Black Attack”), les Rams (“Let’s Ram It”), et même plus récemment les Jaguars (“Uh Oh, The Jaguars Super Bowl Song” en 1999) essayeront aussi de se faire une place dans les charts, mais à chaque fois sans que la magie n’opère… Sans compter que les prédictions de victoire finales ne s’avèreront jamais. Le titre le plus notable, et le plus ridicule peut-être, a lui été enrEgistré par les Patriots… Vexés d’entendre le “Super Bowl Shuffle” de leurs rivaux cartonner de la sorte, les Pats, au tout début de l’année 1986, donc juste avant le SB XX, sortent en réponse le titre “New England, The Pat’riots and We”. Le morceau prédit bien entendu une victoire… Les Bears s’imposeront comme chacun sait 46-10…
Le Super Bowl Shuffle, objet marketing bien huilé mais dénué d’intérêt commercial, est donc entré dans l’histoire de la grande ligue ! Beau clin d’œil, puisqu’à notre époque, le talent des joueurs s’expriment beaucoup plus dans les publicités, et c’est bien dommage…







Punaise, l’équipe de YMCA quand même ! Avec Peyton et Singletary avec ses lunettes piquées à Crockett de Miami Vice ! elle a fière allure la 4-6 tiens