Continuons notre tour d’horizon non-exhaustif des Field Goal manqués avec deux histoires “crève-cœur” pour les Kickers concernés. Il n’est pas question de nous lancer dans un cycle “Kicker”, mais une histoire en appelle souvent une autre… Voici donc des récits aussi connus que surprenants, rapportés une fois de plus par un Gmen décidément très inspiré par le sujet. Un article qui fait suite à la malheureuse anecdote sur John Carney, et qui nous montre à quel point le poste de Kicker peut être ingrat et cruel… Sauf que cette fois-ci, l’importance des Kicks en question est pour le moins capitale…
La première “anecdote” met en scène Gary Anderson, sûrement l’un des meilleurs Kickers de l’histoire. Ses aptitudes lui viennent d’un père professionnel de Football et d’une culture Rugby, lui qui est né en Afrique du Sud d’un père Irlandais. Après que sa famille ait émigré aux Etats-Unis en protestation à l’Apartheid, c’est sur les terrains NFL qu’Anderson va exercer son art, celui de shooter dans un ballon. Un talent certain qu’il mettra, à partir de 1982, successivement au service des Steelers, des Eagles, des 49ers, des Vikings et des Titans.
Anderson restera le premier Kicker NFL à avoir réalisé la “Perfect Season”, à savoir transformer la totalité des Field Goal et des PAT’s lors de tous les matchs de saison régulière. Un exploit réalisé avec les Vikings du Minnesota, qui possèdent en 1998 une équipe capable de dynamiter n’importe quelle défense grâce à son “Trio Magique”, à savoir le QB Randall Cunningham et les 2 WR Chris Carter et Randy Moss, bien aidé par le solide RB Robert Smith. Des joueurs capables de Drives monstrueux, qui se terminent très souvent par un Touchdown ou un Field Goal. C’est là que Gary Anderson entre en jeu, puisque cette année là, le Kicker réussit ses 35 tentatives de FG, ainsi que ses 59 Extra-Points pour un total de 164 points. C’est sans doute la première fois que l’on voit un Kicker enchaîner les Field Goal de la sorte, en toute simplicité. Rien ne peut faire dévier ses trajectoires, et Anderson réussit sur l’herbe comme sur le synthétique, sur les terrains découverts comme dans les dômes, et à n’importe quelle distance. Il sera par la suite égalé et même battu par le Colt Mike Vanderjagt, qui réalisera lui une “Perfect Season” incluant les Playoffs. Pourquoi Anderson, qui fait partie de la “NFL 1990’s All Decade Team”, n’a pas réussi pareille performance ? Tout simplement parce qu’il a manqué un Field Goal durant les Playoffs qui ont suivi sa “Perfect Season”. Un FG dont tous les supporters des Vikings se souviennent encore…
La scène se passe le 17 janvier 1999, en finale de conférence, après que les Vikings aient à peu près tout écrasé sur leur passage. Les Vikes affrontent les Falcons d’Atlanta dans un match attendu par tous, et qui est sensé voir les joueurs du Minnesota rallier le SB et affronter les Denver Broncos de John Elway. Les prédictions paraissent vouloir s’avérer puisque les Vikings mènent 27-20 à 2 minutes de la fin du match, et qu’Anderson s’apprête à tenter un Field Goal de 38 Yards très largement à sa portée (il en a par exemple réussi un à 53 yards au cours de la saison), et surtout synonyme de qualification quasi certaine. Tout le monde s’attend donc à ce que les Vikings disputent enfin un nouveau SB, 22 ans après leur défaite contre les Raiders (SB XI). Anderson semble serein, sur de son fait, et après la saison énorme qu’il vient de livrer, l’échec n’est absolument pas envisageable lorsqu’on le voit entrer sur le terrain. Il prépare son kick comme à son habitude, de façon presque routinière, s’élance… et manque. Le public, qui a associé un Field Goal d’Anderson à trois points systématiques, célèbre l’action. Pourtant, le coup de pied est bel et bien manqué “Wide Left”, et même si la balle frôle le montant gauche, le Kicker vient certainement de manquer le coup de pied le plus important de sa carrière ! Un échec que l’on peut aisément mettre sur le compte de la pression, mais qui donne subitement une seconde vie aux Falcons, et une chance inespérée d’égaliser…
Une chance qu’Atlanta va savoir saisir après un beau drive et une passe de Chris Chandler pour Terance Mathis et le TD… Le match va donc jusqu’aux prolongations. En Overtime, Ce sera un autre grand nom du “Placekicking” qui sortira ce soir là les Vikings de la course au titre : un certain Morten Andersen, lui aussi membre de la “NFL 1990’s All Decade Team”, qui transformera une tentative de… 38 Yards ! Une distance qu’Anderson n’oubliera sans doute jamais…
Anderson, dépité, se confiera à la presse en ces termes : “Il n’y a pas de mots pour décrire l’état dans lequel je me sens. Pourtant tout s’est bien passé. Ma foulée était bonne et le coup de pied a pris la même trajectoire que d’habitude. Mais je n’ai pas vu le résultat, car j’ai été heurté et des mecs étaient sur moi après le kick.” Le coach Dennis Green, loin d’enfoncer son joueur, dira lui :”Gary did as he always did. He tried to help our team win.”
Après une saison régulière terminée sur 15 victoires pour seulement une défaite, la pilule est très dure à avaler pour les Vikes et tous leurs fans, persuadés alors d’avoir une grande chance de battre Denver lors du SB. Malheureusement, ils auront tous l’impression d’avoir été “trahis” par l’un de leurs joueurs les plus aimés, celui qui avait pris l’habitude de disputer tous ses matchs avec un “One-Bar Facemask” aux accents vintage, et qui n’aura au final réalisé qu’une “Almost Perfect Season”.
Mais il n’y a pas de moment pour craquer, et on peut aussi faire perdre le Super Bowl à son équipe sur un FG manqué… Scott Norwood, l’acteur principal de cette deuxième anecdote, en sait quelque chose… Norwood est pourtant considéré comme une précieuse valeur ajoutée au sein de l’attaque des Bills, lui qui sait très souvent concrétiser les drives avortés prématurément de Jim Kelly et Thurman Thomas. Des performances qui mènent les Bills à leur premier Super Bowl, le XXV contre les Giants, en fin de saison 1990. Le match se déroule le 27 janvier 1991 et va voir Norwood entrer dans la grande histoire du SB avec l’une des actions les plus célèbres, certainement parce que l’une des plus terribles… Un coup de pied connu sous les noms de “Wide Right”, ou de “47 Wide Right”.
Ce jour là, les Bills ont une chance de gagner le Super Bowl. Les Giants mènent 20-19, mais ils ont une chance de passer devant puisque Norwood se retrouve avec un FG “faisable” de 47 yards à huit secondes de la fin du match. Un choix “osé” du coach, qui a le mérite de prouver sa confiance en son Kicker, 45 Yards étant considérés comme la distance limite de Norwood, en particulier sur un terrain en pelouse. Norwood se concentre, et frappe… “Here we go, the Super Bowl will ride on the right foot of Norwood. Waiting for the snap, Reich arms extended, puts it down, on the way, it’s long enough and it is no good ! He missed it to the right with four seconds to play.”
Son coup de pied avait bien la longueur requise, pas de problème, mais c’est la direction qui lui a fait défaut. Le coup de pied est manqué, et c’est la bande de Bill Parcells qui remporte le Lombardi avec le plus faible écart de points jamais enregistré. Certains fans, ou observateurs, défendront Norwood, en rejetant la faute sur le Holder, Frank Reich, qui n’a pas su mettre les lacets du ballon face aux posts. Mais la raison de l’échec est certainement plus insidieuse. Pendant l’entraînement, Norwood avait remarqué que le vent qui sévissait ce soir là dans le Tampa Stadium faisait dévier ses coups de pieds. Des coups de pieds qu’il a donc ajustés à la météo, et qu’il a reproduits, pensant que le ballon allait une fois de plus faire un léger “crochet”. Mais il est cette fois resté droit… Il est également intéressant de savoir que Matt Bahr, le Kicker des Giants, avait certifié à son Coach Bill Parcells que, d’après ce qu’il avait pu voir de l’entraînement, Norwood allait échouer…
Un échec cruel pour un joueur qui s’en remettra très difficilement, même s’il fera une saison supplémentaire avec les Bills, et un autre SB, avant d’être remplacé par Steve Christie. Aujourd’hui encore, tout le monde se souvient du nom de Scott Norwood, joueur parodié dans nombres de films et de Shows Télé… Pourtant, à quelques centimètres près, lui comme Anderson, auraient tous deux été des héros. Moralité : “dur dur” le métier de Kicker en NFL…








Excellent article (comme toujours!)
Pour ceux qui ont vu la série, l’histoire du kicker des Vikings est raconté dans “How I met your mother” quand Marshall va dans un bar des Vikings.
Pour ce qui est de Norwood c’est injuste: c’était un coup de pied difficile, 47 yards n’est pas une distance évidente…
Excellent article avec ce je ne sais quoi d’infos croustillantes, comme par exemple la séance d’entraînement de Norwood. Concernant Anderson, je pense sincèrement que les Vikes pouvaient contester le SB à Denver qui s’est vu réaliser un doublé un peu trop facilement. Cette finale de conférence est vraiment pour moi un upset ! Merci Norwood en tout cas
L’histoire de Scott Norwood sert également de trame de fond à un excellent film américain indépendant qui s’appelle “Buffalo 66″. Merci Domanick43 pour cet article une fois de plus excellent