Dire qu’il n’a été retenu qu’au 8ème Round, en 203ème position de la célèbre Draft 1983… Comment les scouts ont-ils pu passer à côté d’un tel talent ? Pourquoi aucun d’entre eux ne s’est rendu compte du potentiel du garçon ? Combien de franchises doivent se mordre les doigts d’avoir laissé passer un joueur d’exception tel que lui ? Peut-être les observateurs se sont-ils focalisés sur les futurs stars tels que John Elway, Eric Dickerson, Jim Kelly, Dan Marino, Darrell Green, et d’autres… lors d’une Draft remplie d’un nombre impressionnant de talents en tout genre… Ce qui est certain, c’est que les Bears ont du se frotter les mains de récupérer un joueur comme lui à une telle position, et surtout de le voir progresser de jour en jour jusqu’à devenir l’un des piliers de leur défense. Car c’est bien d’un défenseur majeur des années 80-90, et d’un des meilleurs hommes de ligne de tous les temps dont nous parlons ici : Richard “The Sack Man” Dent.
A sa sortie de Tennessee State University, et après un gros training camp, le massif DE, 1.95 m pour 120 Kg, offre un physique adapté aux exigences NFL, et est déjà – contre toute attente – opérationnel d’un point de vue technique. On se demande pendant un temps s’il est préférable de l’utiliser en tant que Defensive Tackle ou Defensive End, mais sa vitesse, alliée à une grande puissance, le rend meilleur en bout de ligne pour le Pass Rush en position de Right End. Sa première saison est moyenne mais prometteuse (3 sacks en 16 matchs disputés), et Dent obtient naturellement une place de starter dès sa deuxième année. Ses stats explosent en même temps que sa titularisation : 17.5 sacks en 1984, 4 Forced Fumbles, et des Bears qui s’arrêtent en finale de conférence contre les Niners de Joe Montana (23-0). Au regard de ses performances, les fans commencent à l’apprécier à sa juste valeur et il joue le Pro Bowl consécutivement à cette saison.
L’”ère Dent” est en marche… Trouvant rapidement sa place au sein de la célébrissime “46 Bear”, il s’impose comme le meilleur et le plus craint de la “most concussion causing defense”, déjà bien fournie en Hard Hitters charismatiques (Singletary, Wilson, Marshall, Hampton, Fencik…). Sorte de poutre de la défense, il bat régulièrement les linemen adverses grâce à sa vitesse et à son premier pas explosif, et suivant sa très bonne saison 1984, il continue sur le même rythme (34.5 sacks en deux ans). Mais plus que les sacks, c’est la pression incessante que Dent exerce sur tous les QB de la ligue qui le rend dominateur. Il triture la ligne offensive adverse, et les meilleurs linemen de la ligue, jusqu’à les faire céder et à atteindre son objectif : les pousser à la démission et à accepter sa supériorité physique et technique.
Cette saison 1985 sera presque une consécration, et une apothéose avant l’heure. Dans le sillage de leur défenseur, les Bears font une année excellente et spectaculaire. Ils rendent un bilan de 15-1, écrasent tout sur leur passage lors des playoffs, s’attirant même la sympathie de tout un pays grâce au facétieux Rookie William Perry et au “Super Bowl Shuffle”, dans lequel Dent livre une belle prestation. Les paroles qu’il débite éclairent d’ailleurs un peu sur son style :
The sackman’s comin’, I’m your man Dent.
If the quarterback’s slow,
He’s gonna get bent.
We stop the run, we stop the pass,
I like to dump guys on their Ass.
We love to play for the world’s best fans,
You better start makin’
Your Super Bowl plans.
But don’t get ready or go to any trouble
Unless you practice
The Super Bowl Shuffle.
Joueur clé au sein de la plus belle formation des Bears de tous les temps, Dent est l’une des raisons principales de son succès puisqu’il en est déjà à 17 sacks et 7 FF, 2 Fumble recoveries et 2 interceptions lors de cette saison, dont une retournée pour le TD. Lors des playoffs, il est phénoménal, ultra-dominateur, et certains observateurs iront même jusqu’à dire qu’il vient de livrer la performance défensive la plus impressionnante de l’histoire des playoffs. L’un de ses matchs les plus aboutis a lieu à domicile contre les Giants, rencontre au cours de laquelle il explose tout sur son passage : 7 Tackles, 3.5 sacks et deux Forced Fumbles, au cours d’un match remporté facilement 21-0. Rebelote au match suivant lors de la finale de conférence contre les L.A Rams, les Bears n’accordent aucun point (24-0) et Dent est une fois de plus déterminant. Dans le quatrième quart, juste après que la neige ait fait son apparition, il jaillit sur le QB Dieter Brock au moment su snap et le sacke sévèrement, lui faisant échapper le ballon des mains, ballon qui sera retourné par Wilber Marshall pour le TD. Un TD qui scelle le score et qui met fin aux espoirs de retour des Rams… La légende veut que le fumble ait été facilité par la neige que faisait tomber George “Papa Bear” Halas de l’au-delà… Dent termine enfin son récital lors du SB XX en aidant à la destruction méthodique des Patriots, 2 sacks, 2 FF et 1 Pass Deflection, et en étant élu MVP d’un match dominé de la tête et des épaules. Bien entendu, le Pro Bowl est là, mais c’est loin d’être le plus important… Aperçu en images (vintages à souhait !) de ce que pouvait donner le “Sack Master” sur un terrain de NFL :
Dent restera à Chicago jusqu’en 1993, avec toujours de bonnes saisons à la clé, même si le niveau de l’équipe est variable au fil des années. Cependant, son niveau personnel est toujours énorme, et bien que gêné par quelques blessures, il effectue des saisons bien remplies, toujours au dessus de 10 sacks, excepté en 1989 (9 sacks). En 1994, à l’âge de 34 ans, il fait enfin ses valises et migre sur la côte Ouest, aux 49ers de San Francisco, autre prétendant au titre en NFC avec lesquels il remportera le deuxième Super Bowl de sa carrière. Un SB avec un astérisque, puisque Dent, très vite blessé, ne joue que deux matchs (2 sacks réalisés), et c’est depuis les tribunes qu’il regarde les Niners pulvériser ses anciens coéquipiers de Chicago 44-15 en finale de division. Une saison qui n’est qu’une escapade, puisque le “Sack Man” retourne à ses premières amours, à Chicago donc dès la saison suivante. Mais il est de plus en plus sujet aux blessures, ne dispute plus l’intégralité des saisons, et l’on sent bien que le joueur est en bout de course. Ses passages aux Colts et aux Eagles, équipes dans lesquelles il n’est plus starter et où il se trouve cantonné à un rôle de “Pass Rushing Specialist”, se passent plutôt bien (11 sacks sur ses deux saisons), bien que son rôle soit très limité.
Il terminera sa carrière en 1997, avec 203 matchs joués en 15 saisons. Durant ce temps, il aura réalisé 137.5 sacks (dont 124.5 sous le maillot des Bears, All-Time leading sacker et l’un des meilleurs Pass Rusher de tous les temps), 8 interceptions (dont 3 lors de la saison 1990) retournées pour 89 yards et un TD, et 37 Forced Fumbles. A ces statistiques énormes, il convient également d’ajouter 83 Fumbles recoveries retournés pour 56 yards et 1 TD, ainsi qu’un Safety.
Il n’est donc pas étonnant que Richard Dent soit présélectionné pour une entrée au Hall Of Fame, et il devrait, de toute évidence, y faire son entrée dès cette année, les fameux Bears de 1985 n’ayant qu’un seul représentant à Canton en la personne de “Samouraï Mike Singletary”. Etant donné qu’il reste l’un des joueurs les plus méritants de cette équipe, et l’un des défenseurs les plus impressionnants à avoir foulé la pelouse du mythique Soldier Field, il est pratiquement évident que les votants n’hésiteront pas à récompenser sa carrière… Il est également bon de souligner que cette élection est parfois perçue comme injuste, et qu’il n’est pas rare de voir des joueurs de son calibre attendre une seconde sélection avant de voir leur buste en bronze trôner dans la galerie. Quoi qu’il en soit, si Le “Sack Man” n’est pas élu, cela ne lui enlèvera en aucun cas son palmarès !
Ses héritiers actuels :
Il faut du monde et beaucoup de qualités pour arriver au niveau de Richard Dent : La puissance de Darnell Dockett (Cardinals), les moves de Dwight Freeney (Colts), la science du jeu de Richard Seymour (époque Patriots), la combativité d’Antwan Odom (Bengals). Avec ça, on commence à avoir un joueur du calibre du “Sack Man”.
Son portrait Chinois NFL en dix questions :
S’il était un objet : une hache
S’il était un animal : un panda
S’il était un élément : la terre
S’il était une arme : un katana
S’il était un plat : des travers de porc sauce barbecue
S’il était un personnage de fiction : le capitaine Dobey
S’il était un film : Plein la gueule de Robert Aldrich
S’il était un bruit : de l’acier qu’on martèle
S’il était un végétal : un bambou
S’il était un véhicule : un chasse-neige







