Au lendemain de l’épique match de Wild Card entre Packers et Cardinals (45-51), certains ont parlé de “plus beau match de Wild Card de tous les temps”… Certes, la rencontre a ménagé un intérêt et un suspense haletant, mais ces observateurs ont tout de même eu la mémoire un peu courte… ou trop sélective. Car il est un match de Wild Card plus palpitant encore qui mérite de figurer dans toutes les mémoires, tant le scénario en est absolument incroyable. Retour sur l’une des plus belles remontées de tous les temps avec le match Oilers@Bills lors des playoffs de janvier 1993, ou plus simplement “The Comeback”…
Le dimanche 3 janvier 1993 a en effet vu se dérouler l’un des matchs les plus fous, et le scénario le plus insensé qu’un match de Football américain puisse réserver. Commençons déjà par planter le décor… Les Bills, menés par le QB Jim Kelly, se qualifient brillamment pour les playoffs en remportant l’AFC East devant les Dolphins, avec un bilan de 11-5. Malheureusement pour eux, ce sont les Steelers qui héritent du First Round Bye. De leur côté, les Oilers de Warren Moon se classent deuxième de l’AFC Central – derrière ces mêmes Steelers – et s’offrent également une Wild Card. L’affrontement de deux QB qui “s’éclatent” dans les airs promet beaucoup, et est attendu par les fans, d’autant que lors du dernier match de saison régulière, joué à peine une semaine avant, les remplaçants des Oilers (absence de Warren Moon entre autres) ont battu les Bills 27-3. Le momentum et la confiance sont donc plutôt Texan. Mais l’affrontement des deux stratèges n’aura pas lieu… En effet, lors de cette défaite, définitivement mal venue, les Bills ont perdu le playmaker de la défense Cornelius Bennett, mais surtout leur QB Jim Kelly, touché aux ligaments du genou… celui-ci sera donc absent pour la revanche annoncée et pour mener sa célèbre “No-Huddle Offense”. La tâche incombe par conséquent à son backup, un certain Frank Reich, rentré plusieurs fois en jeu au cours de la saison mais qui n’est pas connu pour faire des merveilles…
La blessure de Kelly a également une incidence sur les ventes de billets, puisque le match n’est pas “Sold Out”, et que par conséquent, les antennes régionales doivent se plier au “Blackout” et ne peuvent pas retransmettre le match. Quel dommage pour les téléspectateurs de la région de Buffalo qui ne possèdent pas NBC, et qui doivent se contenter de la radio pour suivre l’un des matchs les plus attendus de leur équipe… Car tout le monde s’attend à un match à sens unique, et à une démonstration de la “Run and Shoot Offense” de Warren Moon (une formation composée de 4 Wide Receivers, 1 Running Back et sans Tight End qui a rapporté 4 231 yards en saison régulière, et qui constitue la première attaque aérienne de la ligue). Malgré tout, les Bills, qui viennent de perdre deux Bowls de suite, comptent bien devenir la seule équipe, après les Dolphins, à participer à leur troisième SB d’affilée. Mais le début du match est, malheureusement pour eux, conforme aux prévisions…
Lors du premier quart-temps, les Oilers se contentent de tester le 5-man Front mis en place par les Bills pour pallier à l’absence du Linebacker Bennett, mais aussi le “Dime Package” censé gêner leur attaque aérienne. Le problème, c’est que Warren Moon s’adapte très vite à cette innovation – sa précision dissèque très vite la défense des Bills – et, après avoir marqué un TD dans le premier quart, il enchaîne avec trois autres lors du deuxième ! Une véritable démonstration face à des Bills, démobilisés et incapables de faire avancer le ballon, menés par un Frank Reich très à la peine, un seul FG marqué et un score de 28-3 à la mi-temps. Le Pass Rush des Bills est lui inefficace, et le bouillant Moon en est déjà à 19/22 pour 220 yards et 4 TD’s pour une possession totale de plus de 21 minutes contre seulement 8 pour les Bills… Si l’on ajoute à cela une défense de Houston très à son avantage, qui musèle totalement Turman Thomas, et le jeu de course des Bills, la messe semble dite…
A la mi-temps, le stade de Buffalo est muet et les joueurs semblent accablés, en pleine incompréhension, et à la limite de l’état de choc. Les journalistes commencent à écrire des papiers sur la fin d’une époque aux Bills et des playoffs en boulet de canon pour les inarrêtables Oilers. Un journaliste parle même de “mi-temps la plus efficace dans l’histoire des playoffs”. Pourtant, dans le même temps, le QB de Cincinnati, Boomer Esiason, interrogé à ce sujet, préconise d’attendre la deuxième mi-temps et rappelle à tous que son ancien coéquipier à Maryland, Frank Reich, a déjà réussi une incroyable remontée de 31 points contre les Miami Hurricanes. Il tempère toutefois son propos, ajoutant que cette fois la difficulté sera peut-être trop forte à gravir, terminant son interview par : “This time, this is an NFL defense, not a college one“.
Dans les vestiaires des Bisons, c’est le temps de la remise en question et de la remontée de bretelles. Walt corey, l’assistant Coach bouscule son équipe en hurlant le plus fort possible, répétant à ses joueurs d’arrêter d’être timide, de penser aux fans et de changer d’attitude : “Vous ne devez pas avoir peur de faire des erreurs !“. Une phrase qui s’adresse surtout à Frank Reich, afin de lui faire comprendre qu’il est maintenant temps d’oser des choses. Marv Levy, le Head Coach, tente lui une approche plus psychologique : “Vous avez encore trente minutes. Ce sont peut-être les trente dernières minutes de votre saison. Quand votre saison sera terminée, vous serez seuls, et vous devrez vous regarder dans les yeux. Et vous devrez avoir de bonnes raisons de vous sentir bien, et celles-ci s’acquièrent sur le terrain“. Du point de vue tactique, il réclame un Onside Kick dès le début de la deuxième mi-temps, tandis que Walt Corey décide d’abandonner la défense employée en première. Il laisse tomber la Prevent à 6 DB’s et revient à une classique et basique 3-4, basée sur un Pass Rush forcené, mené par le DE Bruce Smith.
Les deux équipes rentrent sur le terrain, mais les mots du Coach n’ont visiblement pas relancé ses joueurs, puisque lors du premier drive des Bills, Reich est intercepté. Une interception retournée pour le TD ! 35-3 au score… Un commentateur résume ce que tout le monde pense : “The lights are on here at Rich Stadium, but you might as well turn them off…this one is over“. Pour couronner le tout, le Half Back vedette Thurman Thomas, se blesse et sort définitivement du terrain, laissant le backfield des Bills avec deux remplaçants, le QB Frank Reich et le RB Ken Davis. Une catastrophe intégrale… Pourtant à ce moment là, pour une raison inconnue de tous – peut-être un coup de fouet du destin – les choses vont changer dès le drive suivant. Frank Reich, qui n’a plus rien à perdre, tente toute sorte d’actions dangereuses qui finissent par payer. Le talent, la chance, les coïncidences… tout semble revenir d’un coup. Les événements se mettent à tourner en faveur des Bills, et le momentum, mais surtout la confiance, changent progressivement de camp.
Les Oilers, qui ne se rendent pas immédiatement compte du changement de physionomie, continuent de chercher l’interception à chaque passe, plutôt que de stopper les WR adverses, et ouvrent des espaces gigantesques. Le RB Ken Davis en profite pour concrétiser un beau drive, marquant un rushing Touchdown qui remet Buffalo en selle, tandis que la “3-4 D” commence à réellement perturber Moon. Les Bills eux, enchaînent les drives de folie, recouvrent les Onside Kicks (le coach de l’équipe spéciale des Oilers doit être le seul sur terre à ne pas s’attendre à un Onside Kick !). Ils mettent la pression sur Houston, qui perd complètement les pédales. Le public se réveille et se met à porter son équipe, dont Davis qui effectue quelques belles courses. Pendant ce temps, c’est la débandade du côté de Houston qui, malgré de bonnes positions sur le terrain, n’arrive plus à marquer. L’équipe commet de grosses bévues, comme par exemple un fumble sur le snap d’une tentative de Field Goal, une interception cadeau pour le Safety Henry Jones, un Fumble forcé par un plaquage du Linebacker Darryll Talley, des passes faciles lamentablement droppées ou des pénalités mal venues. Bref, un manque de sang-froid évident pour une équipe en proie au doute…
Cela booste encore plus Buffalo, et son QB, Reich, qui envoie 4 TD’s à ses receveurs, dont 3 pour le seul Andre Reed qui se promène dans une secondary texane inexistante et à la couverture lamentable. 4 drives consécutifs avec un Touchdown à la clé, chose jusque là impensable… En à peine un quart-temps, la belle avance de Houston (32 points) a fondu comme neige au soleil jusqu’à disparaître totalement. C’est maintenant les Bills qui sont devant (38-35) à 3 minutes de la fin du quatrième quart !!!
Humilié et piqué au vif, Moon, suivi par son équipe, réagit et mène un drive de 63 yards pour mettre son équipe en bonne position et égaliser sur un Field Goal. Le match va donc en Overtime… L’importance du Coin Toss étant primordiale, le public, les joueurs, et certainement les téléspectateurs… tout le monde retient son souffle. La pièce s’élève dans les airs, retombe… Ballon pour Houston ! La balle de match est donc entre les mains d’un virtuose, habitué à ce genre d’exercice… Moon commence son drive aux 20 yards après un Touchback, et complète deux passes pour 7 yards, bien décidé à ne pas se laisser gagner par la peur. Sur la 3rd and 3, il tente encore une passe à destination de Ernest Givens, mais aux prises avec Talley, le LB des Bills, le WR ne peut se saisir du ballon qui est… intercepté par le DB Nate Odomes !!! Ce dernier commence à retourner le cuir, mais il est plaqué illégalement par le facemask, ce qui donne un First Down sur la ligne des 20 yards. La foule est littéralement en délire car cette action est synonyme de victoire ! En effet, après deux courses plein centre de Ken Davis, charge est laissée au Kicker Steve Christie de qualifier son équipe. Le coup de pied est à distance raisonnable, 32 yards, mais pas si facile à réaliser, en raison de quelques bourrasques de vent très gênantes. Christie s’élance, maîtrise bien sa course d’élan et son Kick, et le ballon passe. 41-38 pour les Bills !
Les hurlements de la foule sont à la hauteur de l’événement, et ils sont complétés par ceux des trois grands absents Jim Kelly, Cornelius Bennett et Thurman Thomas en état de démence sur la sideline tandis que le terrain est envahi par le staff et certains fans. Frank Reich est de suite surnommé par le reporter Chris Berman “The Architect of Comebacks”. Consécutivement à ce match, et dès le lendemain, les Oilers vireront purement et simplement leur coordinateur défensif Jim Eddy et le coach des Defensive Backs Pat Thomas, jugés responsables de la défaite la plus humiliante et la plus honteuse de la franchise. Après un tel match, les Bills possèdent eux un capital confiance intéressant, et ils viendront successivement à bout des Steelers, avec Reich aux commandes, puis des Dolphins de Dan Marino, mais cette fois avec Jim Kelly à la baguette. La belle histoire s’arrêtera malheureusement au Super Bowl avec une lourde défaite contre les Dallas Cowboys (52-17). Ils en perdront un 4ème l’année suivante avec les mêmes joueurs…
Mais qu’importe que Buffalo n’ait pas réussi à remporter ce titre tant désiré, l’histoire reste magnifique, car ce match a défié tout sens commun, et a mis à l’honneur des lampistes peu habitués aux honneurs et aux Highlights. Ainsi, Frank Reich et Andre Reed, tous deux considérés comme des joueurs de seconde zone, effacent l’ardoise et deviennent des héros en réussissant le “Largest Comeback in a Playoff Game”. Moralité de l’histoire, la réussite de l’équipe, et de tous ces joueurs, est venue de leurs egos, et de leur volonté de vouloir garder la tête haute quoi qu’il arrive et de refuser d’abandonner la bataille. La chaussure de Steve Christie, qui a permis la victoire, a même fait son entrée au Hall Of Fame pour commémorer ce jour où toute logique était absente. Mais Dieu, comme il est beau parfois de défier la logique ! D’ailleurs, interrogé plus tard sur le match, le coach Marv Levy confiera : “Je pensais que j’avais beaucoup plus de chance de gagner à la loterie… Lorsque nous sommes revenus à huit points, je voulais même tenter le Field Goal mais les conditions météorologiques m’ont poussé à tenter le 4th Down et nous avons marqué un Touchdown“. Des déclarations qui font prendre conscience que cette rencontre, avec un peu de recul, s’apparente presque à trois heures et demie de pure poésie…









Le match était passé sur Canal. Dans leur toundra, les bisons étaient imbattables et je pensais bien que cette fois…
C’était l’année où jamais pour Warren Moon et sa fantastique attaque. Mais quelle défense de m… C’était la défense des G-men version 2009 avec des S et des CBs complètement paumés.
Un grand bravo parce que citer les actions n’a pas dû etre facile à trouver. Le plus grand come-back dans l’histoire de la NFL.
Par contre, je ne pense pas qu’Andre Reed était un joueur de seconde zone. c’était avec James Lofton, le WR numéro un de Jim Kelly depuis pas mal de saisons.
Maintenant, tu veux dire qu’il a pris du galon après cette rencontre aux yeux des observateurs… Mais il était déjà très bon avant. Par contre Frank Reich a fait effectivement un coup mais quel coup !
Andre Reed était starter, mais j’ai lu qu’il n’avait jamais vraiment concrétisé les espoirs placés en lui. Les Bills avaient déjà même pensé à le couper car son nombre de TD’s marqués n’était pas assez important. Par exemple, cette saison là, il n’en met que 3 en saison régulière et on n’attendait plus rien de lui… Et c’est là qu’il score trois fois consécutivement contre les Oilers !!!
S’il fallait comparer Reed à un joueur actuel, je dirais un gars comme Roy Williams. Gros potentiel, mais pas de grosses stats. Enfin, quoi qu’il en soit, le père Reed est devenu un véritable héros !
Merci Domanick43 pour ce savoureux épisode. J’adore la façon dont tu relates toutes les petites anecdotes (mais punaise comment tu fais pour connaitre les commentaires TV de l’époque ???). Je n’ai jamais été fan des Bills, sur ce match, j’etais a fond pour les Oilers car j’idolatrais à l’époque Warren Moon ! Quelle comeback quand meme…
Pour les Bills j’avoue que leur 4 SB perdus me foutent un peu les boules. Jim Kelly aurait merité sa bague…
Entre ce match et le Music City Miracle, mon coeur balance ;o) pour mon meilleurs match de PO (hors SB)
Yep ! Moi aussi Serpentos j’étais à fond pour Warren Moon. Je ne crois même pas qu’il ait participé à une finale de conférence. Quel dommage ! Mais c’était vraiment génial de voir ce run & shoot en action… même si je suis plutôt du style à apprécier le run & brise !
C’est vrai qu’actuellement c’est moins mon truc les attaques aériennes (voire plus du tout), mais celle de Moon, c’était vraiment quelque chose !
Moi aussi j’adorais les Oilers de cette époque…
Ben moi, en bon fan de Brees, vous vous doutez bien que le jeu aérien j’adore ! J’ai toujours aimé ça, même si je sais que je parle a des gens qui preferent les grosses defenses
et les matchs bien brutaux
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Warren moon est LE QB qui m’a ammené a apprécier ce sport, meme si à l’époque y’en avait que pour Joe cool( que j’aime bien par ailleurs). D’ailleurs la disparition de la franchise des oilers (me souviens, j’avais meme choper un mini ballon des Oilers chez Go Sport…C’est pas aujourd’hui que ça arriverait…) m’avait dégouté ! Tiens, une bonne idée d’article ça : vie et mort des franchises en NFL, et pourquoi c’est si différent de notre conception européenne des clubs