Mon ami Gmen ayant eu la gentillesse de répondre à « l’appel du 9 février », lancé ici-même, je suis très content de lui céder la parole afin qu’il puisse nous faire part des meilleures pages de son précieux vécu NFL. Il nous présente aujourd’hui un joueur qui l’a marqué et qui fait par conséquent partie de ses souvenirs, mais aussi de son Hall Of Fame personnel. Un joueur méconnu qui trouvera forcément sa place dans le vôtre après avoir pris connaissance de cet excellent article qui m’a personnellement fait redécouvrir un joueur que j’avais malheureusement totalement oublié. J’en profite donc pour le remercier de partager avec nous son récent passé, mais aussi pour le temps consacré et la qualité de sa contribution. Bonne lecture !
Lorsque Christian Okoye débarque chez les Kansas City Chiefs en 1987, le Nigérian change immédiatement la perception qu’ont les autres équipes de la NFL du poste de RB. La vitesse, les feintes et la vision du jeu ne sont plus les seuls critères pour réussir et s’imposer au plus haut niveau.
La puissance en est un autre.
Christian Okoye (prononcez Okoyé)… 1m85 pour 118 kilos de muscles, un bulldozer humain, un cauchemar vivant pour ses adversaires. Jamais dans son histoire, la NFL n’avait vu un RB aussi imposant intégrer l’une de ses équipes professionnelles. La puissance était un critère oublié, incarné dans les années 50 par l’inarrêtable Jim Brown. Elle s’était rappelée au bon souvenir de la League dans les années 70 avec le bélier Earl Campbell. Mais jamais elle ne s’était manifestée de manière aussi flagrante dans le corps d’un athlète.
Plus lourd qu’un arrière défensif, un Linebacker voire un Lineman – les critères physiques en NFL n’étant pas les mêmes il y a vingt ans – Christian Okoye défie les lois de la logique. Le « cauchemar Nigérian » devient très vite bien plus qu’une attraction exotique que l’on vient voir le jour de match, il devient une réalité qui sème la panique au sein d’une défense, une menace permanente qu’il ne faut pas prendre, à juste titre, à la légère. « Lorsque vous rentrez en frontal dans un adversaire, il vous regarde comme si vous étiez un animal » explique le Nigérian, et d’ajouter « Je pouvais sentir et voir la crainte dans la défense sur le terrain. Encore aujourd’hui lorsque je rencontre d’anciens joueurs, certains me disent que mes chocs ont été les plus violents qu’ils aient reçus de leur carrière ».
Le cauchemar nigérian ne punit pas simplement l’arrière-garde d‘une défense, il la piétine et envoie les joueurs voler comme s’ils n’étaient que de vulgaires quilles. Le numéro 35 devient très vite, entre 1987 et 1992, l’arme offensive la plus importante dans le faible arsenal, il faut le dire, proposé par les Chiefs.
L’Amérique raffole de ces histoires individuelles qui rencontrent le succès. Encore plus si ces personnes proviennent d’une autre contrée. Christian Okoye voit le jour à Enugu en 1961, capitale et principale ville de l’Etat d’Enugu située au Sud-est du Nigéria. Ce dernier joue au soccer jusqu’à l’âge de 17 ans. Mais très vite, le jeune homme développe des aptitudes physiques impressionnantes qui le conduisent rapidement au sport de haut niveau. Okoye se laisse tenter par l’athlétisme et les lancers de poids et de disque. En 1982, il rejoint l’université d’Azusa Pacific située en Californie En deux ans de temps, il glane bon nombre de titres (lancer du marteau en plus). 1984 marque un tournant dans sa carrière de jeune champion. Bien qu’ayant atteint les minimas qualificatifs nécessaires pour les Jeux Olympiques de 1984 pour son pays, sa délégation ne le retient pas. Frustré par ce revers, Christian Okoye se tourne alors vers le football américain pour assouvir sa boulimie sportive et rejoint son équipe universitaire (NAIA division). S’il n’oublie pas ses anciens amours (il sera champion d’Afrique en 1985 au lancer du disque), il s’emploiera à marquer désormais les esprits sur les gridirons.
Curieusement, le premier contact avec le football américain n’est pas le choc attendu. Le jeune Nigérian trouve le jeu assez ennuyeux et n’aime pas la rudesse de ce sport. Ce sont des amis qui le pousseront à continuer. Bien mal leur en a pris puisque trois ans plus tard, en 1986 Okoye s’amuse de ses défenseurs avec une moyenne de 186,7 yards par match.
Lorsque le Nigérian se présente à la Draft de 1987, il est sélectionné par les Kansas City Chiefs au second tour à la 35ème position. Ces derniers sont tellement impressionnés par les performances de ce béhémoth, qu’ils concèdent un second et un quatrième tour de l’année suivante pour avancer de onze places dans le classement.
Galvanisé par leur première place en Playoffs depuis 1971 mais soldée par une défaite en Wild Card 35-15 face aux Jets, les Chiefs espèrent bien bâtir pour le futur. La campagne 1987 débute bien avec une victoire en match d’ouverture 20-13 face à leurs rivaux les San Diego Chargers. Avec 2 TD’s de leur paire RB’s Rookies Paul Palomer (qui retourne un Kickoff) et Christian Okoye (qui gagne au sol 105 yards), les Chiefs pensent partir sur de bons rails. L’arrivée d’Okoye marque une période de reconstruction pour les Chiefs. Mais la grève des joueurs ainsi qu’un ballet incessant au poste de QB (5 titulaires dans la saison), rendent la tâche impossible à accomplir et l’équipe termine sur une fiche de 4-11.
Il faudra attendre 1989 et l’arrivée du Head Coach Marty Schottenheimer pour que les premiers résultats apparaissent au grand jour. Après un 8-22-1 en deux saisons, le GM Carl Peterson donne le ton et annonce de quoi sera fait la prochaine décade en draftant en quatrième position le LB Derrick Thomas. Combiné avec le DE Neil Smith, le duo deviendra l’un des plus craints de l’histoire de la League en compilant à eux deux 212,5 sacks pendant leur carrière. Et du côté de l’attaque et d’un certain Christian Okoye ? Le mammouth rouge et or remporte 1133 yards sur ses deux premières saisons – 660 yards en 157 portées en 1987, 473 yards gagnés l’année suivante malgré un pouce cassé, un dos récalcitrant et neuf matchs de repos. Mais les plus grandes histoires se réalisent souvent parce que les éléments apparaissent et s’imbriquent au bon moment. Lors de ces six années passées, les Chiefs orientaient l’attaque autour de la passe sous les ordres des coachs John Mackovic et Frank Gansz… et Kansas City se désespérait de ne plus posséder de grands RB depuis 1983 et la mort de Joe Delaney. En six saisons, l’équipe a terminé à la 28, 27, 28, 27, 19 et 22ème place en yards gagnés au sol.
Cela allait radicalement changer avec Marty Schottenheimer.
L’ancien Coach des Browns croit aux yards cumulés au sol plus que quiconque en NFL, et il est persuadé que la victoire s’obtient en contrôlant le ballon. Pour cela, Schottenheimer s’appuie sur une des lignes offensives les plus imposantes et les plus réputées (mais pas célèbres) de l’époque, chaque “bébé” faisant en moyenne 1.95m pour 130 kilos. Okoye allait être la belle cerise rouge sur l’énorme gâteau d’Arrowhead Stadium!
“Running the football” allait être le message envoyé à toutes les équipes adverses avec pour messie le natif d’Enugu, balisant un véritable chemin de croix pour les défenseurs. Lorsque le nouveau Coach prend ses fonctions en 1989, il ne met pas longtemps à comprendre qu’Okoye sera son cheval de bataille pour la saison s’il ne se blesse pas en cours de route. Et quel Coach ne le serait pas ? Schottenheimer demande à Okoye lors du training camp de courir les 40 yards. Après avoir chronométré le nigérian express à 4 secondes 48 (aussi rapide que Jerry Rice), ce dernier demande à ses 5 assistants de confirmer. Non seulement ce dernier rééditera le chrono mais il assure son coach qu’il peut porter le ballon en moyenne 30 fois par match. Le rêve !
Les plans de Schottenheimer déraillent le jour où Okoye se blesse au cou lors d’un exercice de pré-saison 1989. Le Nigérian manque les cinq semaines suivantes de training camp. Bien que n’ayant porté aucun ballon en match exhibition et effectué seulement cinq portées lors d’une défaite en match d’ouverture face à Denver, “le cauchemar Nigérian” va se faire un surnom à jamais gravé dans les mémoires en portant en moyenne 26 fois le ballon sur les huit premiers matchs avec une moyenne de 114 yards. Plutôt impressionnant sachant qu’aucun RB des Chiefs n’avait dépassé le seuil de 110 yards depuis 1981.
Le jour de gloire pour Christian arrive en 1989. Face à Seattle, dans un des stades les plus bruyants de la NFL, les Chiefs sont rapidement menés 16-3. Dans la seconde mi-temps, Schottenheimer s’en remet au jeu de course et à son quintal de mammouth. A 13 yards de l’embut adverse, le QB Ron Jaworski lance un audible sur la ligne de scrimmage mais le bruit étant tellement assourdissant qu’Okoye n’entend pas quel signal l’ex-Eagle a appelé. La ligne offensive part d’un côté, Okoye de l’autre. Après un cut back, le numéro 35 se fraye un chemin dans l’end zone adverse après avoir cassé 7 plaquages. Le TD référence et celui dont Okoye est le plus fier de toute sa carrière. Les Chiefs battront l’un de leurs rivaux de la poule, ce qui donnera un élan sans précédent pour Kansas City mais surtout pour le big fellow. (A voir dans la vidéo ci-dessous). Anecdote amusante, tous les américains amateurs de jeux vidéo se souviennent également très bien de lui. Dans Tecmo Bowl, le “cauchemar nigérian” était impossible à arrêter, la preuve en images…
En l’espace d’un mois, Okoye égale le nombre de portées dans un match dans l’histoire de la franchise (30 le 8 octobre face à Seattle), le bat quelques semaines plus tard deux fois – 33 le 22 octobre contre les Cowboys et 37 le 5 novembre face à Seattle. Cette année là, Christian Okoye devient le meilleur RB de la NFL avec 1480 yards gagnés pour 370 (!!!) portées de ballon. Bien que les Chiefs loupent le wagon des Playoffs de peu (8-7-1), il est nommé par la NFL l’American Offensive Player of The Year et gagne un voyage à Hawaï pour sa première participation au Pro Bowl.
La suite de la carrière pour “le cauchemar Nigérian” est plus chaotique. Dès la saison suivante, le numéro 35 connaît des problèmes de genou récurrents, ce qui limite ses performances à 805 yards pour 3,3 yards de moyenne. Cette baisse de régime est symbolisée par sa rencontre avec le Safety des Broncos Steve Atwater. La fin des années 80 était une lutte sans merci dans l’AFC West pour la suprématie de la poule et des rencontres telles que Chiefs-Broncos avaient une saveur particulière. Le 18 septembre 1990, Steve « The Smiling Assassin » Atwater se fait un nom le soir d’un Monday Night devant une audience nationale, lorsqu’il rencontre à pleine vitesse le RB Christian Okoye…et le met au tapis. Ce choc reste à ce jour l’un des plus gros dans l’histoire de la NFL. Coïncidence, Atwater portait un micro sans fil pour les besoins de la NFL.
Aujourd’hui, l’humble géant s’occupe via sa fondation d’éduquer les enfants des ghettos à travers le sport. Il offre également à travers une autre de ses sociétés des conseils sur l’alimentation et la nutrition. Il décida de prendre sa retraite en 1992, après que ses responsabilités furent diminuées et qu’il lui fut demandé de ne tenir qu’un simple rôle de Goal Line Stand. Il n’eut aucun problème à arrêter, considérant la NFL comme un simple travail.
Bien sûr, lorsque Okoye débarqua en NFL, les défenseurs pros n’étaient pas des jeunots d’une dixième division : Okoye courrait trop haut, ne captait pas ou peu de ballons et avait besoin de corriger ses problèmes de fumbles (15 en 6 saisons). Ses 4897 yards gagnés, sa moyenne de 3,9 yards par portée, ses 40 TD’s et ses deux présences au Pro Bowl (1989 et 1991) en six ans pro ne sont pas forcément les chiffres les plus impressionnants dans l’histoire. Mais le cauchemar Nigérian reste une idole à Kansas City et une véritable force de la nature pour ceux et celles qui ont eu un jour la chance de le voir jouer.
Ses héritiers actuels :
Difficile de trouver un RB avec une stature pareille en NFL. Seul le RB des Giants Brandon Jacobs lui ressemble quant à sa stature puisque ce dernier est même plus grand (1m94 pour 120 kilos). Si le numéro 27 s’avère meilleur sur les courses extérieures, en 5 ans de carrière à N.Y, BJ aura amassé 3455 yards à la course pour 779 portées contre 4897 yards et surtout 1246 portées pour son aîné Nigérian en 6 années professionnelles.
Son portrait chinois NFL en dix questions :
S’il était un objet : une enclume
S’il était un animal : un rhino “féroce”
S’il était un élément : la terre boueuse
S’il était une arme : un tank Sherman
S’il était un plat : un défi T-bone saignant de 8 kilos à engloutir
S’il était un personnage de fiction : Sylvebarbe, l’Ent, gardien de la forêt dans Le Seigneur des anneaux – Les Deux Tours
S’il était un film : Le Seigneur des anneaux – Les Deux Tours
S’il était un bruit : une corne de brume
S’il était un végétal : un chêne
Sil était un véhicule : un bulldozer à cinq vitesses










Super article!!
Ce gars était tout simplement monstrueux, courir en 4,3 les 40 yards quand on pèse 120 kilos, ça fait mal…
Merci de nous avoir fait partager cet extraordinaire bout d’histoire de la NFL!!
J’ai déliré en voyant la vidéo de Tecmo Super Bowl.
bel artcilce sur un joueur que j’aimais beaucoup. Un RB avec une carrure de Lineman!
Par contre je me demande dans quelle mesure sa belle saison de 89 a pesé sur la suite de sa carriere. 370 portées sur une saison c’est beaucoup, surtout quand on a un jeu aussi physique…
Je me suis renseigné concernant les blessures d’Okoye. Ce dernier dans une ITV déclarait que les blessures au genou n’étaient pas si problématiques que çà et qu’il n’a eu aucun problème à tourner la page. Mouais…
Maintenant, je te rejoins. Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu un tel nombre de portées. Pour comparaison, Brandon Jacobs avec 15 matchs en 2009 a porté le ballon 224 fois, Chris Jhonson le super RB des Titans 358 fois.
Shaun Alexander a porté la balle 370 fois en 2005 et ses stats ont drastiquement diminué après. C’est le risque il me semble du système à 1 RB.
en tout cas, je sais que le cauchemar Nigérian a marqué toute une génération de joueurs français par sa carrure.
Quel joueur cet Okoye, j’adorais le voir jouer.
Et j’ai meme son maillot
Superbe article sur le “cauchemar nigérian”.
Belles photos aussi et la vidéo ‘Tecmo Super Bowl’ est d’un autre âge et délirante!