Fran Tarkenton méritait sûrement de remporter un Super Bowl, il n’y a aucun doute là dessus. Cette année 1975, pas mal d’observateurs voyaient d’ailleurs bien les Vikes réussir à jouer une fois de plus les trouble-fête lors de cette fin de saison, et apposer enfin leur nom sur le Lombardi Trophy. En effet, ce 28 décembre 1975 lors de finale de division opposant ses Vikings aux Cowboys du Quarterback Roger Staubach, les Vikes et leur Purple People Eaters sont sur le point d’écarter les très bons texans de la course au titre, et de s’ouvrir une voie royale pour le SB.
Les Vikings se sont effet brillamment qualifiés pour les Playoffs en rendant une fiche de 12-2 (les Cowboys terminant eux à 10-4). Ils sortent de deux défaites lors de Super Bowls consécutifs (VIII contre les Dolphins et IX contre les Steelers), et sont donc habitués aux rouages de l’exercice. Aucune Franchise ne semble en mesure de les arrêter, surtout dans leur antre du Metropolitan Stadium de Minnesota. C’était sans compter sur Roger Staubach, Drew Pearson, et un gros coup de pouce du destin…
Comme on pouvait s’y attendre, le match est âpre, et les défenses dominent les débats, faisant par conséquent quelque peu peiner les attaques. “Frantic Fran”, le QB des violets, aussi bon passeur que scrambler, a néanmoins réussi à gérer le chrono pour amener les siens à un petit avantage de 4 points alors qu’il ne reste qu’une minute et 51 secondes à jouer, les Boyz reprenant la possession sur leur ligne des 15 yards. Les choses se présentent plutôt bien… L’ancien QB de la Navy réussit, après un très habile drive de 9 jeux, à faire avancer son équipe… mais insuffisamment pour que le Kicker soit en mesure de tenter le Field Goal. Les Cowboys se retrouvent au milieu du terrain alors qu’il ne reste que 24 secondes à jouer. La messe semble dite…
Les téléspectateurs de CBS, qui écoutent depuis 3 heures Johnny Unitas commenter ce match, vont pourtant assister à l’une des fins de match les plus incroyables et controversées de l’histoire, mais aussi à un tout nouveau jeu : la Hail Mary Pass.
En effet, devant cette situation quasi désespérée, Staubach, après que son Coach Tom Landry lui ait laissé carte blanche, réunit son équipe et dit à ses receveurs de courir un tracé droit le plus vite possible pour un jeu que l’on définit à l’époque par un terme de Basketball, le “Alley Oop”. La manœuvre n’a encore jamais été tentée en match, mais c’est la seule chance pour Dallas de remporter la rencontre. Staubach se place alors en shotgun et prend le snap pendant que les receveurs s’exécutent. Étonnamment, le Quarterback, bien protégé par sa ligne, n’est pas beaucoup mis sous pression par le Pass Rush adverse puisqu’il a le temps de faire une feinte de passe sur la gauche avant de se tourner sur la droite et de lancer une bombe désespérée à destination de Drew Pearson… qui capte le cuir sur la ligne des 5 yards ! Pearson se débarrasse vivement de Nate Wright, le Defensive Back adverse, bloque le vicieux ballon contre sa hanche et s’en va marquer. Touchdown Cowboys !
Pourtant, lorsqu’il pénètre dans la End Zone, Pearson donne l’impression de ne pas croire qu’il vient de marquer, et célèbre son TD un peu timidement alors qu’une orange lancée des tribunes le frôle. Il semble en effet que le TD soit pour le moins litigieux puisqu’il paraît entaché d’une Offensive Pass Interference flagrante. C’est d’ailleurs ce que le Safety Paul Krause est en train de dire à l’arbitre Armen Terzian, qui s’en va tout de suite prévenir le Referee principal Chuck Heberling. Certains joueurs des Vikings avoueront même être à ce point convaincus qu’il y avait un Flag qu’ils avaient pris l’orange lancée pour un mouchoir de pénalité. Cependant, les réclamations ne changent rien à l’histoire, le DT Alan Page ne réussit qu’à récolter une pénalité de 15 yards pour “Unsportsmanlike Conduct” après une protestation un peu vive, et la décision est confirmée. Le PAT est transformé et il ne reste plus que 14 secondes à l’horloge.
La plupart des fans n’en croient pas leurs yeux et, dans l’énervement, jettent différents objets sur la pelouse afin de montrer leur mécontentement devant cette décision jugée scandaleuse. C’est à ce moment que le match dérape et prend un tour encore plus ennuyeux, l’arbitre Armen Terzian recevant une bouteille de Jack Daniels sur la tête. Résultat, le Ref’ s’effondre inconscient sur la ligne des 10 yards, une large entaille ensanglantée sur le front. Il sera évacué et remplacé pour les quelques secondes restantes, sa blessure nécessitant 11 points de suture.
Les Vikes ne peuvent bien entendu rien faire de ces 14 secondes, le score de 17-14 est donc définitif et laisse les joueurs des Vikes à mi-chemin entre déception et colère. Mais pire encore, c’est un drame personnel qui va frapper le Quarterback des Vikes, Fran Tarkenton, déjà très éprouvé après ce match dur à avaler. Il est informé du décès de son père, apparemment terrassé d’une attaque cardiaque durant le troisième quart-temps. La légende veut que que ce soit la Hail Mary Pass et ce Touchdown pour le moins incongru qui l’aient conduit à faire cet accident cardiaque. Le destin étant vraiment cruel, son père s’appelait Dallas Tarkenton…
Pendant ce temps, les “héros” du match s’expriment devant la presse et dévoilent enfin leur ressenti. La phrase de Staubach, qui ne sut que quelques secondes après l’action que sa passe avait trouvé preneur, résume bien son sentiment au moment du jeu puisqu’il dira : “I closed my eyes and said a Hail Mary. It was just a very, very lucky play”. Une prière entendue donc, puisque Dallas remporte le match, et une nouvelle expression, très vite reprise par les journalistes, voit le jour : la Hail Mary Pass. Pearson, quant à lui, avouera avoir eu l’impression que le ballon lui échappait inéluctablement avant de le rattraper par miracle contre sa hanche, mais ne dira rien à propos de l’Offensive Pass Interference, mis à part que tout s’était déroulé “dans le mouvement”. Les Cowboys feront ensuite de bons Playoffs, battant les Rams 37-7 et se hissant jusqu’au Super Bowl X, perdu seulement 21-17 contre les Steelers. Mais l’histoire a surtout retenu autre chose de cette année là…
Toutes les équipes possèdent de nos jours une “Hail Mary Play” dans leur cahier de jeu, même si elles portent désormais le nom plus conventionnel de “Post” (course en direction des poteaux), et qu’elles sont tout de même un peu plus préparées que celle des Cowboys de 1975. Staubach et les siens auront tout de même fait des émules, puisqu’une fin de match tout aussi épique, mais moins tragique, s’est également déroulée en 1984, cette fois-ci en NCAA. Et il s’agit une fois de plus d’un match très important, puisque Boston College et Miami s’affrontaient lors de l’Orange Bowl, avec cette fois-ci 6 secondes à jouer. Le Quarterback inspiré, qui remporta d’ailleurs le Heisman Trophy, s’appelait Doug Flutie (Boston College), et le malheureux perdant Bernie Kosar (Miami), deux QB’s qui firent par la suite de belles carrières en NFL. Des jeux époustouflants toujours incroyables à regarder, et des exemples qui nous montrent si besoin était, que tout est possible en Football Américain !








Un des plays mythiques de la NFL !
C’est toujours bon de se les remémorer, d’ailleurs je ne savais pas que les incidents qui ont fait suite étaient aussi graves. L’arbitre n’a pas l’air tout près des tribunes, le gars qui a balancé son Jack Daniel’s devait avoir un bras aussi bon que Staubach ^^
Pas mal le *petit* move de Flutie pour éviter le sack. Il scramble le nez dans le gazon et arrive à lâcher une passe de 60 yards
Ça s’utilise encore le terme “Flanker” ?!
Sinon, rien à voir mais le foot en HD c’est quand même plus sympa à regarder
Oui, on utilise encore le terme Flanker, bien qu’on utilise aussi celui de “Slot receiver”.
Sinon, ouais bof, un hail Mary c’est juste balancer une bombe quoi…rien de vraiment révolutionnaire.
L’article était simplement fait pour raconter une histoire et expliquer comment on en est arrivé à appeler une bombe un Hail Mary, rien de plus
(le gars qui a balancé son Jack Daniel’s devait avoir un bras aussi bon que Staubach ^^)
En la prenant par le goulot il avait plus de puissance !
En tout cas au niveau de la précision c’était tristement parfait…
@Domanick: en fait je répondais a la phrase de plektor “Un des plays mythiques de la NFL !”.
Pour moi ça n’en est pas un, surtout pas un jeu entaché d’une faute…
Ça a donné son nom à un play et c’est hyper connu > mythique.
Que ce soit révolutionnaire/joli/techniquement réussi (ou pas !) ne rentre pas en compte dans l’appellation
Dramatique pour les Vikes et Tarkenton (incroyable cette histoire avec son père) et la polémique est tjs d’actualité : y a t’il eu passe interférence?
En tout cas, c’est avec ce genre d’action que Captain Comeback a gagné son surnom. Dingue d’imaginer que l’avé Maria (copyright Phillipe Châtenay) n’existait pas avant!
Au passage, remarquez que jouer chez les Vikes en P.O à cette époque, ça devait geler les adversaires avant même leur entrée sur le terrain.
Encore un excellent article Dom !!
Merci à toi, ô grand administrateur Facebook !
Perso, même si effectivement ce n’est pas un play très technique, ça en reste du moins très spéctaculaire. Chacun trouvera son compte dans le foot US, moi, je le regarde pour deux choses: la stratégie et le spectacle. Quand il y a un Hail Mary, réussi de surcroît, c’est tout de même franchement saisissant, non?