La NFL est, comme chacun sait, le royaume du tatouage. Bien souvent, ces profanations corporelles ne sont qu’affaire d’Ego, voire démonstration enfantine de puissance, ou virilité mal placée. Pourtant, il est un homme que l’on ne peut pas accuser d’avoir voulu suivre la mode, et qui a une explication valable pour chaque tattoo qu’il arbore : Darnell Dockett, Defensive Tackle des Arizona Cardinals. Des tatouages qui parlent, et qui mis bout à bout, finissent par raconter une bien triste histoire, sur laquelle il est utile de se pencher…
Lorsque l’on se penche sur le passé, et surtout sur l’enfance du joueur des Cards, il apparaît évident qu’il ait eu des choses à faire savoir ou à revendiquer. Des événements importants, parfois bons, mais surtout mauvais, qu’il a du apprendre à apprivoiser et à porter, dans les deux sens du terme.
Alors qu’il a 13 ans, Darnell Dockett vit en Georgie, dans la petite ville de Decatur, avec sa mère et ses deux frères. Sa vie y est relativement difficile, mais malgré le milieu défavorisé dans lequel il évolue, tout semble plus ou moins aller pour lui. Le jeune garçon va pourtant voir sa vie basculer en quelques mois… Un jour en rentrant de l’école, il découvre sa mère inanimée, baignant dans son sang, exécutée d’une balle en pleine tête. On apprend très vite que la victime vendait de la drogue pour subvenir aux besoins de ses trois enfants, dont les trois différents pères étaient tous absents. Une “simple” affaire de Junkie en somme, pour laquelle personne n’a jamais été arrêté… Une épreuve de plus pour cet enfant déjà traumatisé par le crime. Darnell Dockett part alors vivre avec son père. Quatre mois plus tard, ce père tant absent, qui ne l’a jamais appelé, même pour lui souhaiter son anniversaire, et à qui il en veut beaucoup, décède d’un cancer foudroyant du pancréas, obligeant le jeune garçon à aller vivre chez son oncle Kevin.
Ces épreuves vont paradoxalement aider Darnell Dockett à devenir un athlète de très haut niveau : “Aussi fou que cela puisse paraître, celui qui a tué ma mère m’a donné la meilleure des bénédictions ». L’adolescent qu’il est devenu développe, au contact de son oncle, une passion pour le sport, mais aussi pour le “Body Art”. “Lors de mon année senior en High School, j’ai fait mon premier tatouage. Un ballon de Football avec une couronne dessus. Certainement le pire de tous mes tatouages…”.
Dockett, qui a commencé le sport relativement tard, n’a pas un talent inné pour le Football et doit beaucoup travailler pour réussir. Lors de ses années High School, il se fait néanmoins remarquer en réalisant une “Jim Marshall ». En effet, après avoir recouvert un fumble, il remonte le ballon dans son en-but et donne un Safety à l’adversaire. Autre fait d’armes, lorsqu’un Coach lui demande s’il connaît la “Three Point Stance”, Dockett lui répond : “Non, mais je peux vous dire comment voler une Buick Regal ». Un caractère frondeur qui lui vaudra beaucoup de reproches et quelques déconvenues.
Son passage universitaire à Florida State se passe plutôt mal. Le président de l’université, T.K Wetherell, affirme même que Dockett a subi un “choc culturel” trop grand – allusion douteuse à son milieu socio-culturel – et qu’il a besoin d’évoluer. Sur le terrain également les choses dégénèrent. Lors d’un match qui oppose son équipe aux Rivaux des Gators, Dockett est accusé de jouer dur et d’avoir blessé intentionnellement le Running Back Ernest Graham, en le faisant tourner sur lui-même, et le Quarterback Rex Grossman en lui marchant sur la main. Max Starks, Offensive Tackle actuellement aux Steelers, lui aussi ancien adversaire de Dockett avec les Gators, assez rancunier, le décrit d’ailleurs comme “quelqu’un qui n’a pas changé, et avec qui c’est toujours une lutte verbale ». Son ancien coéquipier de la D-line des Cards Antonio Smith, le décrit lui comme un joueur “explosif”, donnant toujours tout car il aime la bagarre. Une attitude qui le voit d’ailleurs souvent se faire sanctionner.
Car il en est de même en NFL. Le joueur n’a pas changé. Rapide, féroce, doté d’un physique impressionnant (1.95m pour 131 Kg), jouant toujours avec intensité, Dockett s’est imposé comme l’un des meilleurs à sa position ces dernières années. Quelques années qui ont donné le temps à cette personnalité assez complexe, de franchir les obstacles imposés par le destin, et de remplir son âme d’une manière très personnelle, à travers le tatouage. Sage O’Connell, son tatoueur, qui lui a déjà rempli le dos, le cou, la poitrine et les bras, explique d’ailleurs ceci : “Il est venu, a pris un rendez-vous de 10 heures. Darnell sait ce qu’il veut, c’est très facile de travailler avec lui ».
Dockett, lui, dit tout simplement, très fier : “Je me suis toujours dit que les tatouages étaient une manière de se sentir encore plus unique. Je suis fasciné par les crânes. J’en ai 5. J’ai aussi 2 démons sortant des flammes sur la poitrine. Mais la partie de mon corps la plus réussie est mon dos ». On peut en effet y voir le portrait de la mère du joueur, ainsi que celui de son père, même s’il précise : “Ce sont les seules funérailles auxquelles je me suis rendu où je n’ai pas versé une larme ». Toujours sur son dos, un portrait de son grand-père, et la ligne d’horizon d’Atlanta, ville dans laquelle le DT a grandi. Au-dessus des buildings, on peut voir un hélicoptère tourner. Dockett explique le plus simplement du monde la présence de cet hélicoptère : “J’avais l’habitude d’être pourchassé par la police, et ils faisaient souvent venir l’hélicoptère ».
Sur un bras, une femme sexy qu’il présente comme sa petite amie, mais qui n’est en réalité qu’un personnage créé de toutes pièces. “Elle est la seule en qui j’ai confiance. Elle ne peut aller nulle part, et j’ai toujours un œil sur elle. J’ai personnellement dessiné son visage et tout le reste ».
Sur l’avant-bras droit, un poème que Darnell Dockett a écrit lui-même pour son oncle, un homme qui a toujours tout fait et tout donné pour la réussite de son neveu, et qui l’a aidé à traverser une adolescence difficile dans la banlieue de Washington. “J’ai écrit ce poème à mon oncle, car à cette époque, il était le seul qui savait m’inspirer ». Un poème dans lequel il lui dit en substance ceci : “Lorsque tout est contre moi, tu es toujours à mes côtés… Le sang est plus épais que l’eau ». Un poème que Dockett a écrit au College, en Floride, alors qu’il effectuait un travail d’intérêt général (collecte d’ordures sur les routes) après un vol de vêtements de sport…
A présent, Darnell Dockett est une star en NFL. Il vient de signer un juteux contrat de 48 millions de Dollars, mais précise tout de même, avec une sincérité et une tendresse poignante : “Je donnerais tout ce que j’ai, et je retournerais vivre dans la rue pour qu’on me rende ma mère ». Dockett est un personnage contradictoire, sorte de bouffon du vestiaire, Trash Talker patenté, mais capable d’élans d’humanité surprenants. Suite à une interception capitale dans la route pour le SB XLIII contre Philadelphie, il dira même que c’est l’esprit de sa mère qui a amené le ballon entre ses mains. Le ballon du match lui sera donné, et il ira de suite en faire cadeau à son oncle Kevin.
Un joueur aux deux visages donc, qui porte le tatouage d’un Clown sortant de sa boîte juste à côté de celui représentant des anges veillant sur sa mère. On lui demande souvent comment il arrive à faire cohabiter futile et dramatique, dans ses mots, mais aussi dans ses chairs. Une question à laquelle il répond simplement : “Je suis maintenant dans une période heureuse de ma vie. Ma douleur et mes larmes sont parties. J’en ai assez versé. Certains disent que j’en fais trop. Je leur réponds simplement que maintenant, j’ai envie de sourire et de profiter de ce que je peux. Et puis la plus grande chose pour moi, c’est de montrer aux jeunes que dans la vie, contre toute attente (Against All Odds) comme le dit un de mes tatouages, tout est possible ».
Dockett avoue également qu’il avait planifié un autre tatouage en cas de victoire au Super Bowl XLIII, match durant lequel il a tout donné, réussissant ce soir-là 3 sacks. Avant le match, il disait : “On le mettra sur le dessus du pied, ou même sur mon front, mais si on gagne un titre, je trouverai de la place ! C’est définitivement quelque chose à avoir sur la peau ». En apprenant que le President Obama supportait les Steelers, il a même déclaré : “Dommage, on aurait fait un tatouage ensemble ! ». Malheureusement pour lui, les Steelers en ont décidé autrement, mais on lui souhaite de tout cœur de pouvoir un jour célébrer un titre dans son sanctuaire personnel, en Arizona ou ailleurs.











Je suis surpris qu’il n’y ait pas d’article sur le roi des tueurs de la NFL : DICK BUTKUS ????
Merci d’y réfléchir…
Wow j’ai toujours apprécié Dockett pour son jeu spectaculaire mais aussi son côté anti langue de bois, et je ne connaissais pas son histoire difficile (mais malheureusement pas si exceptionnelle dans le monde des Sports US).
Donc comme d’hab’, un grand merci : )
Merci pour ce commentaire sur un article qui me tenait vraiment à cœur.
J’aime aussi beaucoup ce joueur, et quand on connaît son histoire, on se dit que le gars à une force de caractère assez impressionnante… Je lui souhaite vraiment de pouvoir un jour gagner un titre.
@poulet : Dick Butkus n’est pas forcément un joueur que j’apprécie pour le moment. Il était certes très bon et intimidateur, mais son côté “collectif” m’échappe encore. Cela dit, pas d’inquiétude, il y aura un jour un article le concernant. So Stay Tuned
En attendant, tu peux relire son portrait dans le top 10 des Bears : http://nflbook.wordpress.com/2010/03/21/top-10-bears-of-all-time/