Il est certainement l’un des joueurs les plus frapadingues à avoir évoluer sur un terrain de NFL. Une folie douce et gentille dans la vie, qui pouvait se transformer en une bestialité et un courage impressionnants lorsqu’il foulait un Gridiron. Un hurluberlu au talent énorme et dont le nom est connu de tous les amoureux d’un Running Game tout en puissance et sans retenue, John Riggins.
A sa sortie de Kansas University, ce natif de l’état a déjà acquis une solide réputation de joueur très complet, maîtrisant plusieurs disciplines : athlétisme, basketball et Football. Particulièrement doué pour ce dernier sport, il livre avec les Jayhawks, au poste de Running Back, des performances très convaincantes (All American, il mène son équipe à l’Orange Bowl 1969 et termine sa carrière avec 2 659 yards, passant devant Gale Sayers), à tel point que le nom de la rue de l’université porte aujourd’hui le nom de “John Riggins Avenue”. Il y obtient un diplôme de journalisme, mais son avenir est indéniablement ailleurs puisqu’il est drafté par les New York Jets en 1971, en 6ème position du premier tour.
Les Jets ont placé de grosses attentes dans ce nouveau Running Back, sensé former un duo performant avec “Broadway” Joe Namath. Un investisssement qui s’avère très vite payant pour les Jets puisque, dès sa première saison, Riggins devient le premier Rookie à mener la Franchise en nombre de yards à la course et à la réception. Il se fait également remarquer pour son côté excentrique, ses fréquents pétages de plomb, et ses coupes de cheveux improbables – de la coupe hippie à la crête apache en passant par la boule à zéro – qui le font passer pour un doux-dingue aux yeux des fans. Malgré tout, Riggins est performant et forme un duo explosif avec l’autre Running Back Emerson Boozer. Pour preuve, lors d’un match contre les Patriots en 1972, les deux hommes combinent leurs efforts pour livrer une performance énorme, l’équipe rendant une fiche de 333 Rushing Yards. Riggins en court 168 et Boozer 150, ce qui en fait le premier tandem de la Franchise à dépasser les 150 yards par joueur sur un seul match. Riggins finit cette saison avec 944 yards, sans pourtant jouer les deux derniers matchs en raison d’une blessure au genou.
En 1975, il réussit enfin une saison à plus de 1000 yards, et devient le premier Jet à réussir cette exploit, avec entre autres 5 matchs consécutifs à plus de 100 yards. Il est logiquement élu pour jouer le Pro Bowl, et sa carrière semble prendre son envol puisqu’après seulement 4 ans passés avec les Jets, Riggins se classe déjà en quatrième position des meilleurs coureurs de la Franchise avec 2 875 yards (Il est est élu MVP de la Franchise des Jets de 1972 à 1975).
Pourtant, et malgré tous ses succès, il décide de quitter Big Apple pour signer comme Free Agent aux Washington Redskins. La raison profonde de ce choix surprenant est pourtant très simple… L’offre est tout simplement alléchante, puisque le joueur se voit proposer une somme d’1,5 million de dollars pour un contrat de 4 ans, lui qui ne percevait que 75 000 dollars par an aux Jets. Ses débuts aux Skins ne sont pas aussi tonitruants qu’attendus, puisqu’il est avant tout utilisé dans les “Short-Yardage Situations”, et que sa saison 1977 est ruinée par une blessure au genou. Malgré cela, le joueur revient en pleine forme dès la saison suivante et livre deux saisons consécutives à plus de 1 000 yards (il obtient d’ailleurs le titre de NFL Comeback Player Of The Year en 1978). Le statut de Riggins a évolué puisqu’il est devenu l’une des armes majeures des Redskins du début des années 80 – ses performances sont excellentes et les Skins sont ravis de son style – et qu’il a même acquis un surnom qui lui va comme un gant : “The Diesel”.
Pourtant, en 1980, durant le Training Camp de la Franchise, la belle histoire tourne au vinaigre. Mettant en avant son rendement, il en profite pour faire savoir qu’il souhaite voir ses émoluments sensiblement augmenter et tente de renégocier son contrat afin d’obtenir plus que ses 300 000 dollars annuels. Inflexibles, les Redskins refusent de se faire imposer quoi que ce soit et tiennent bon. Le Holdout est inévitable… Mis au courant du refus des dirigeants, Riggins quitte le Camp séance tenante, tandis que la Franchise le place sur la “Left Camp-Retired List”, ce qui a pour effet de rendre impossible son transfert vers une autre équipe. Piégé, le joueur refuse de céder et se voit obligé de rester inactif durant toute la saison 1980. Un épisode qui en dit long sur le bonhomme, sur ses convictions, et sur sa force mentale.
L’affaire trouve tout de même une issue grâce au tout nouveau Coach Joe Gibbs, qui va jusque dans le Kansas pour faire une nouvelle offre au joueur qu’il estime indispensable au bon fonctionnement de la Franchise. Du moins avant d’avoir rencontré le bonhomme, qui va lui laisser une impression plus que mitigée… Une entrevue que Gibbs rapporte en des termes plutôt simples, et qui vaut le détour…
“Il revenait de la chasse avec un ami et il portait une tenue de camouflage. Il avait une bière à la main. Il était dix heures du matin, il voyait son Coach pour la première fois, et je me suis dit que ce mec là m’impressionnait vraiment. Puis au cours de notre entretien, il m’a dit : Vous avez besoin de moi, et je vais vous rendre célèbre. Je me suis dit qu’il était totalement égocentrique, et que j’allais le faire revenir dans le Roster pour pouvoir le trader. Je ne voulais pas d’un excentrique dans l’équipe. Je suis donc rentré à Washington, et deux jours plus tard, il m’a rappelé en me disant : Joe, j’ai changé d’avis et je veux jouer la saison prochaine. Je me suis dit que c’était une bonne chose, car dès son retour, je pourrais transférer ce blaireau. Puis il a ajouté : Par contre, je veux quelque chose de spécial dans mon contrat… Je lui ai demandé quoi, et il m’a répondu : une clause de non transfert… ».
Riggins, excentrique mais définitivement pas fou, rejoint donc les peaux rouges pour la saison 1981, expliquant tout de même au début de la saison : “Je m’ennuie, je suis fauché, et je suis de retour ». La première saison, le joueur poste 714 Rushing Yards et surtout 13 TD’s. En 1982, après une saison écourtée en raison de la grève des joueurs, il gagne 553 yards, mais est surtout ultra efficace en Playoffs puisqu’il accumule 444 yards contre les Lions, Vikings et Cowboys. Les Skins se qualifient pour le Super Bowl XVII, lors duquel il livre un match énorme, 166 yards en 38 portées (record NFL). Ils battent les Dolphins 27-17, et Riggins est logiquement nommé MVP du match.
L’une des actions clés de ce match reste un jeu destiné à transformer un 4th Down intitulé “70 Chip”. Alors que les Skins sont menés 17-13 à 10 minutes de la fin du match, Riggins se voit dans l’obligation de transformer un 4th & 1. Après avoir pris le ballon des mains de son QB, Joe Theisman, il semble se faire plaquer par le Cornerback Don McNeal… mais bien campé sur ses appuis, il réussit à s’extirper des griffes du défenseur et va marquer un TD de 43 yards pour donner l’avantage aux siens. Les Redskins sont enfin partis pour décrocher un premier titre depuis 1942 ! La victoire sera assurée quelques minutes après, lorsque Joe Theismann se connectera avec Charlie Brown pour le TD.
En 4 matchs de Playoffs, Riggins a littéralement traîné ses coéquipiers dans son sillage avec 610 yards cumulés, soit 43% du total de l’équipe. Une performance énorme ! Dès l’année suivante, il poste 1 347 yards et 24 TD’s, remportant au passage le Bert Bell Award (un parent du titre de MVP) et une sélection All-Pro. Ses matchs de Playoffs seront une fois de plus excellents, mais les Redskins buteront cette fois au Super Bowl contre les Raiders (38-9). John Riggins jouera deux saisons de plus avec la Franchise, une bonne et une moins aboutie, avant de prendre une retraite bien méritée.
En 14 saisons et 175 matchs, “The Beast” aura gagné 13 442 yards (dont 2 090 la réception) et inscrit 116 TD’s (104 à la course et 12 à la réception). Il aura couru 5 fois pour plus de 1 000 yards, avec 35 matchs à plus de 100 yards, dont 6 en Post-Season (251 portées pour 996 yards et 12 TD’s en Playoffs). Mais, plus que les chiffres et la multitude d’honneurs glanés – dont une sélection dans la 1980′s All Decade Team et une entrée au Hall Of Fame en 1992 – l’image que l’on gardera de John Riggins est celle d’un Powerback d’une solidité à toute épreuve, excellent blocker, capable de prendre 3 tampons de suite en sécurisant le ballon, et de rester sur ses jambes pour aller chercher quelques précieux yards. Bizarrement, “The Diesel” n’aura participé qu’à un seul Pro Bowl, et remporté qu’une seule sélection All-Pro, mais la légende du joueur va fort heureusement bien au-delà. Humble, Riggins prononcera dans son Speech d’introduction au Hall Of Fame une phrase qui résume bien l’homme, toujours à mi-chemin entre vérité et bravade puérile : “Ma folie a été considérablement exagérée… ». Certes… mais il a beau le dire, on n’en croit pas un mot !
Ses héritiers actuels :
Nous avons besoin ici d’un Powerback ou d’un Fullback qui effectue suffisamment de portées au cours d’un match. Un garçon comme Peyton Hillis (Cleveland Browns) pourrait faire l’affaire, même si John Riggins était beaucoup plus intéressant au niveau de la percussion et des dégâts qu’il pouvait faire sur une défense, mais aussi du point de vu “Clutch” sur le terrain.
Son portrait Chinois NFL en dix questions :
S’il était un objet : une bague en plomb
S’il était un animal : un phacochère
S’il était un élément : la terre
S’il était une arme : un missile sol-sol
S’il était une boisson : du Mezcal, l’alcool qui tape fort et qui rend fou
S’il était un personnage de fiction : Looping de l’Agence tout risques (The A-Team), ou Martin Riggs de l’Arme fatale (Lethal Weapon)
S’il était un film : Vol au-dessus d’un nid de coucou (Milos Forman)
S’il était un bruit : le tumulte de la charge d’un éléphant
S’il était un végétal : une orange sanguine
S’il était un véhicule : un engin de terrassement








Merci Dom pour cette decouverte, perso je me rappelais pas de ce gars.
Pas de quoi JP, c’était un plaisir
J’adore les Running Back qui ont un profil tout en puissance, à mi-chemin entre le Fullback et le Tailback.
Toujours aussi passionnant ces articles.
Grace à toi je commence à avoir une vrai culture NFL. ^^
Merci Ali G, c’est le genre de commentaire qui me fait autant plaisir que de regarder un beau Sack de Jared Allen
Joli artcile, sur un joueur que j’aime beaucoup, sur le terrain du moins.
Trés bon power Runner, qui a bien profité de sa monstrueuse ligne a D.C, les hogs. Aprés, il jouait pas mal et en rajoutait toujours une couche, mais bon…
Ouais, c’est vrai qu’il en faisait un peu beaucoup… Mais j’aime bien aussi son côté doux-dingue et sa drôle de personnalité. Quant au “70 Chip”, c’est tout simplement énorme !
P.S : C’est vrai que les Hogs l’ont bien aidé. Ça me donne envie de faire un petit truc sur eux tiens !