Après un premier article fort plaisant, Luke, du site Blog’d & Pound, revient à la charge avec un autre excellent papier. Il nous raconte cette fois-ci la vie et l’œuvre Footballistique du Linebacker Chuck Bednarik, connu pour avoir administré l’un des plus gros Hits de tous les temps… Une histoire toute en finesse malgré les apparences…
Ce n’est un secret pour personne, la NFL est pleine d’actions de légende qui ont forgé année après année la réputation de la Grande Ligue. En effet, de l’ « Immaculate Reception » de Franco Harris à la « Hail-Mary Pass » de Roger Staubach en passant par la multitude d’actions bien plus récentes qui continuent d’alimenter cette légende – comme par exemple la course extraordinaire de Marshawn Lynch en match de Wild Card contre les Saints en 2011 – il y a vraiment de quoi faire dans le sensationnel.
Celle dont j’ai choisi de vous parler aujourd’hui n’est pas une "action" au sens propre mais plutôt un fait de jeu puisqu’il s’agit de l’énorme plaquage, totalement dévastateur, de Chuck « Concrete Charlie » Bednarik des Philadelphia Eagles sur Frank Gifford, Running Back des Giants. Je vais également essayer de vous conter cette histoire à travers le prisme du "personnage" qu’est Chuck Bednarik. Je vous avoue que le fan des Giants qui est en moi aurait préféré vous parler plus en détails de Frank Gifford, coureur Hall-Famer des New York Giants, mais c’est bel et bien Bednarik qui est l’intervenant le plus important de cette histoire, et qui s’impose vraiment comme un personnage singulier dans l’histoire de la NFL. A cet égard, il mérite grandement qu’on s’intéresse à lui…
En effet, Bednarik est l’un des plus gros « Hard-Hitters » que la NFL ait connu et il fait sans aucun doute partie du Top 10 des joueurs ayant évoluer aux Eagles. Fait assez singulier, Chuck « Concrete Charlie » (Charlie en béton armé) Bednarik a commencé sa carrière dans le Football après son retour de la guerre en 1945. Il œuvrait alors dans l’aviation américaine dans laquelle il a effectué plus de 30 missions au sein d’un équipage de bombardier en pleine Allemagne. Il y a d’ailleurs obtenu les plus hautes décorations pour ses brillants états de services et est sorti grandement marqué par cette expérience puisqu’il se sait alors être un miraculé, et que cela aura bien sûr une incidence sur sa carrière.
Il jure d’ailleurs après son "séjour" dans l’aviation qu’il ne volera plus jamais même s’il devra rompre sa promesse avec la généralisation de l’aviation commerciale. Quoi qu’il en soit, après l’armée et la guerre, il rejoint l’université de Pittsburgh de 1945 à 1946 ou il joue au Football et est nommé 3 fois All-American et passe tout prêt de remporter le Heisman Trophy lors de son année senior en arrivant à la 3ème place.
En 1949, il rejoint la NFL en étant choisi dès le 1st Pick de la Draft par les Eagles. Un choix judicieux puisque s’en suivront 14 saisons complètes où il ne ratera que 3 matchs ! Mieux encore, la particularité de Bednarik est qu’il a occupé le poste de Center et de Linebacker, mais aussi celui de Punter ainsi que celui de Holder pour quelques occasions. A cette époque, cela devenait une rareté, ce qui lui valut les autres surnoms de « Sixty-Minute Man », un vrai guerrier sur le terrain qui donne tout sur chaque jeu, et « The Iron Man », l’homme de fer.
Il a toujours été très fier d’avoir été le dernier joueur à évoluer des deux côtés du terrain. Et surtout, évitez de lui parler Deion Sanders comme susceptible de lui ravir son titre. Quand on évoquait Deion Sanders à l’époque, il répondait avec sa voix bourrue : « Et quand je dis que je jouais des deux côtés du terrain, c’est qu’il y avait des contacts sur chaque jeu. Tu prenais des coups ! Tu devais tout donner à chaque fois. Pas comme ces trucs de femmelette de nos jours, surtout quand on veut me parler de Deion Sanders…. Ohhhhh, ce n’est pas merveilleux comment il joue des deux côtés. Il ne joue pas sur les deux tableaux. Il fait juste ses petits pas de jambes. Il joue un match entier sans jamais plaquer. Il ne saurait même pas plaquer ma femme Emma ! ». Une diatribe qui en dit long sur la mentalité de combattant du joueur…
Sa carrière aux Eagles commence parfaitement bien grâce à un titre gagné dès sa première saison ! Bednarik a largement contribué à la victoire en éteignant complètement l’équipe des Los Angeles Rams en finale NFL. Ses 14 saisons suivantes sont également pleines puisqu’il est nommé 8 fois au Pro-Bowl et sélectionné 10 fois All-Pro. Dans le jeu, il se concentre un peu plus sur le rôle de Centre sur la fin de sa carrière. Pourtant, la saison 1960 reste une saison mythique pour Bednarik et c’est pendant cette saison que se déroule la collision entre Gifford et Bednarik puisqu’en raison de plusieurs blessures au sein de l’escouade défensive, il reprend pour cette saison le costume de Linbacker/Centre.
La scène se passe à l’ancien Yankee Stadium, le 20 novembre 1960, «The House that Ruth Built » (La Maison que Ruth a construit) ainsi nommé en hommage au légendaire joueur de Baseball Babe Ruth. Les Giants de l’époque n’avaient en effet pas leur propre stade et partageaient celui des New York Yankees. Ce jour là, si les Eagles veulent conserver leurs chances d’aller en finale NFL, ils doivent absolument gagner contre les Giants. Il reste 2 minutes à jouer et les Eagles mènent 17 à 10, mais les Giants sont en train de remonter le terrain afin de pouvoir égaliser et envoyer le match en Overtime. Le QB des Giants Charles Connerly étant blessé, c’est George Shaw qui le remplace. C’est lui qui est à la baguette pour le dernier Drive, et Gifford est aligné comme Running-Back. Shaw prend le Snap, résiste à la pression et s’échappe de la poche pour trouver Gifford 15 yards plus loin dans le milieu de terrain. Le Running Back attrape le ballon, se retourne et à ce moment précis… Bednarik le percute d’un énorme Tackle !
Le coureur s’écroule et relâche le ballon. Bednarik exulte et crie à Gifford « On a le ballon, le match est terminé ! ». Gifford est lui toujours au sol, inconscient. Il sera évacué du terrain sur une civière suite à une perte de conscience dûe à une commotion. Le choc est tellement terrible que Gifford ne jouera plus de la saison, ni même de la saison suivante. On peut presque même dire que Bednarik a mis fin à la carrière du Running Back car quand Gifford reviendra sur le terrain, il sera aligné comme receveur, poste moins risqué, pour plus de sécurité.
Les supporters des Giants en voudront beaucoup à Bednarik, surtout par rapport au fait qu’il aurait célébré la perte de connaissance de Gifford. Bednarik niera avoir célébré la blessure et dira qu’il était seulement heureux que les Eagles aient pu récupérer le ballon en recouvrant le Fumble. Il dira en interview « Je célébrais notre victoire, j’étais tellement heureux que je ne voyais plus rien même pas Frank. » Cependant, le choc fut tellement terrible que Gifford, 20 ans plus tard, a passé une radio du cou et que le médecin a repéré une fissure d’une vertèbre qui se serait réparée d’elle-même. Il lui posera d’ailleurs une bien drôle de question : « Avez-vous eu un accident de voiture dans votre vie ? ».
Gifford expliquera en effet que les docteurs ont seulement passé sa tête aux Rayons-X en oubliant de vérifier son cou, d’où le fait que la vertèbre fissurée n’ait pas été découverte à l’époque. Cela dit, Gifford n’en a jamais voulu à Chuck Bednarik. Ayant commencé sa carrière comme Défensive Back, il expliquera : « Si jamais j’avais dû plaquer Bednarik, j’aurais voulu faire exactement comme il a fait sur moi. Le Hit était parfaitement légal. » Il n’y a donc jamais eu d’animosité entre eux par la suite.
Pour symboliser leur entente cordiale, voici une scène marquante qui se déroule bien des années plus tard. A l’époque, Gifford était au centre d’un scandale pour avoir été découvert et enregistré par un journal, dans un hôtel avec une autre charmante compagnie que celle de sa femme. La scène se déroule dans un gala où Bednarik et Gifford sont présents. A l’époque, Gifford était considéré comme un pestiféré et personne ne lui adressait la parole. Frank était donc seul dans son coin… Voyant cela, Bednarik dit à sa femme : « Ce n’est pas normal quand même, ce gars-là n’est pas un meurtrier ». Sous les yeux de tout le monde, il s’approche alors de Gifford et s’écrie « Salut Charlie, comment tu vas ? ». Gifford, sincèrement ému par la démarche de Chuck lui répondra : « Je t’ai rendu célèbre, hein Chuck ? » « Oui, c’est vrai Frank » lui répondra Gifford. « Je suis toujours ton ami, Chuck ». « Et je suis encore ton ami, Frank ».
Quoi qu’il en soit et pour revenir au match, après la joute contre les Giants en 1960, les Eagles gagneront le match suivant et se retrouveront en finale face aux Packers. Bednarik jouera le match en entier, enfin comme il le dira par la suite « Juste 58 minutes et 45 secondes car je ne jouais pas sur les phases de Punt ». Chuck Bednarik sera une fois de plus héroïque dans ce match. En effet, à 8 secondes de la fin du match alors que le score est de 17-13 pour les Eagles, le Fullback Jim Taylor des Packers se retrouve à 8 yards de la zone d’en-but presque esseulé. Son seul obstacle, « Concrete Charlie » qui comme un protagoniste de western est présent pour le dernier duel en face-à-face. Il réussit à attraper Taylor, le plaque au sol et regarde le chrono s’écouler. Il regarde alors Taylor dans les yeux et lui dit « Tu peux te relever maintenant, Jim, le match est terminé ! ». Un vrai personnage de cinéma que ce Chuck Bednarik, avec toujours une réplique qui fait mouche.
Ce sera le dernier trophée que gagneront les Eagles et Bednarik. Certains diront que le Tackle de Bednarik sur Gifford constitue une malédiction que porte d’ailleurs toujours les Eagles. Quoi qu’il en soit, c’est l’histoire de Chuck Bednarik, l’un des grands guerriers que la NFL a pu compter, qui a toujours tout donné pour son équipe et son sport. Chuck « Concrete Charlie » Bednarik. Pour finir, son surnom « Charlie en béton armé » ne vient pas réellement du fait qu’il était comme un mur pour ses adversaires, mais tout simplement qu’il vendait du béton pendant l’inter-saison puisqu’à cette époque, les contrats NFL ne suffisaient pas à faire vivre un homme pendant la saison morte. Son surnom est donc venu tout naturellement, tiré d’un article de Hugh Brown, un journaliste d’un quotidien de Philadelphie, qui avait écrit : « Il est aussi dur que le béton qu’il vend ! ». On n’aurait pas mieux dit !









Super article sur un joueur que je ne connaissais absolument pas, merci !
Merveilleuse histoire encore que vous nous racontez là. Décidément j’adore ce blog !
Excellent article ! Félicitations.
Par contre tu m’a volé mon idée
Haha! Ca m’a étonné moi-même que tu n’es pas encore soumis un article sur Bednarik! J’ai même fais, par acquis de conscience, une recherche sur le blog pour être sûr.
Hâte de voir ton prochaine article en tous cas
Ben c’était sur ma liste…
Le prochain devrait être un top 10…
Et toi tu sais de quoi va traiter le prochain ?
Dites les gars, vous vous entendez bien pour un supporter des Eagles et un des Giants !
On peut pas tout le temps se taper dessus non plus
Et depuis la double déculotté qu’on infligés les hommes en bleus aux Patriots, les Giants sont montés dans mon estime